La question du salut des non chrétiens se pose à l’Eglise depuis ses origines. Si, d’après le Nouveau Testament, la foi en Jésus-Christ est une condition pour être sauvé, qu’advient-il alors de tous ceux qui n’ont pas cru en lui au cours de leur vie?
On ira tous au paradis". C’est que ce que chantait Michel Polnareff en 1970, de manière quelque peu provocante. Cela dit, cette chanson exprime, à sa façon, une opinion philosophique partagée par bon nombre de nos contemporains: tous les humains, quelles que soient leurs convictions, et quoi qu’ils aient pu faire de bien ou de mal au cours de leur vie, sont destinés à une vie éternelle bienheureuse, après leur mort. D’autres estiment, au contraire que, si Dieu est vraiment juste, certains ne méritent pas d’aller au "Ciel". On pense alors, en particulier, aux auteurs de crimes ou d’actes particulièrement horribles.
Que dit la foi chrétienne au sujet du salut de toutes celles et de tous ceux qui, concrètement, ne croient pas au Christ? La foi en Jésus n’est-elle pas, pour le Nouveau Testament, et pour les différentes Eglises, une condition sine qua non pour accéder à la vie éternelle? A cette question qui préoccupe les chrétiens depuis les origines du christianisme, on ne peut répondre qu’en tenant compte de différents aspects de la foi chrétienne, tous aussi importants les uns que les autres.
1. La "volonté de salut universel" de Dieu
Cette formule un peu compliquée exprime un premier aspect essentiel de la foi chrétienne. Elle dit tout simplement ceci: Dieu veut que tous les hommes, sans exception, soient sauvés. Dans le contexte biblique, ce salut signifie: être libéré non pas tant de la mort biologique que de la mort spirituelle – parfois aussi appelée "mort éternelle" –, être sauvé du néant, de l’enfer.
Pour la Bible, cette mort définitive est la conséquence du péché. Quant au péché, il peut être compris comme un choix délibéré de ce qui est mal. Et quand l’homme choisit le mal de manière consciente, il se coupe volontairement de sa relation vitale avec Dieu. Il refuse le projet de Dieu pour lui, qui est de le faire vivre éternellement dans une relation d’amour avec Dieu. C’est cette rupture qui, pour l’Ancien et le Nouveau Testament, correspond au péché, et qui nous conduit à la mort spirituelle, à l’enfer.
Dès le début de son histoire, l’humanité s’est coupée de Dieu, en optant librement pour le mal. Dieu n’a cependant pas voulu laisser l’humanité à son sort, mais il est venu chercher l’homme là où il se trouvait, pour le réconcilier à lui, et lui ouvrir ainsi, à nouveau, le chemin vers la vraie vie. Pour les chrétiens, le moyen que Dieu a trouvé pour rejoindre l’humanité, c’est de nous avoir donné son Fils unique. En devenant l’un de nous, en prenant sur lui notre humanité dans sa beauté, mais aussi dans sa déchéance, Jésus, le Fils de Dieu, nous permet de devenir comme Lui: fils de Dieu. Dorénavant, nous pouvons donc entrer concrètement dans une nouvelle relation d’amour avec Dieu, par son Fils devenu notre frère.
2. La foi, indispensable au salut
A partir de là, on comprend pourquoi la foi est si importante pour les chrétiens. Il ne s’agit pas d’abord de croire en des vérités transmises, mais d’accueillir Jésus dans notre vie, et de recevoir la vie qu’Il nous donne, qui est la vie même de Dieu.
L’appel à la foi en Jésus-Christ, est l’un des points, l’un des objectifs essentiels des évangiles. C’est ce qu’exprime, par exemple, la fin de l’évangile de Jean, lorqu’il explique pourquoi il rapporte un certain nombre de signes que Jésus a opérés au cours de sa vie terrestre: "Ceux-ci l’ont été (rapportés, ndlr.) pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour que, en croyant, vous ayez la vie en son nom" (Jean, 20, 31). Dans ce verset, tout est dit, ou presque, sur le sens de la foi. Ce n’est pas que les non-croyants seraient "punis" par Dieu parce qu’ils refusent de croire, mais c’est tout simplement que la foi en Jésus permet l’accueil du salut, de la vie en Dieu qu’il nous transmet.
3. Vivre selon sa conscience
Si une foi explicite en Jésus semble ainsi bel et bien indispensable pour accéder à Dieu, cela impliquerait que les non chrétiens ne seront pas sauvés, autrement dit: qu’ils ne pourront pas entrer en communion avec Dieu, qu’ils resteront dans un état de péché – comme on a pu le dire dans le cadre d’une certaine théologie.
Cependant, cette dernière idée ne correspond pas vraiment à ce que dit la tradition de l’Eglise. Après des siècles de réflexion et d’approfondissement théologiques sur ce sujet, le Concile Vatican II
a formulé une "solution" à cette question difficile. Non pas en l’inventant à partir de rien, mais en synthétisant pour ainsi dire différents aspects de la révélation chrétienne. Notamment l’idée de volonté de salut de la part de Dieu, et le caractère indispensable de la foi.
Lumen Gentium, l’un des documents centraux du Concile, exprime de façon splendide la possibilité effective de salut pour ceux qui ne croient pas explicitement au Christ: tous ceux qui, sans que ce soit par mauvaise volonté, ne connaissent pas le Christ et son Evangile, mais qui cherchent Dieu d’un cœur sincère ; ou ceux qui cherchent simplement à vivre de manière droite, selon ce que leur conscience leur révèle, tous ceux-là peuvent accéder au "salut éternel", grâce à l’Esprit de Dieu, l’Esprit du Christ qui agit au plus profond de leur cœur (cf; Lumen Gentium, n° 16).
Christophe HERINCKX (Fondation Saint-Paul)

