« La terre vue du Ciel »


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« La terre vue du Ciel »
Par Angélique Tasiaux
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
4 min

Forum chrétien de la vie sociale (c) mcbf.bePour la troisième année consécutive, le Forum chrétien de la vie sociale s'est déroulé à Louvain-la-Neuve. Voilà une journée de réflexions intenses et constructives pour les chrétiens qui réfléchissent au sens de leur engagement social, avec la participation d'orateurs de la sphère religieuse (Eric de Beukelaer), économique (Bruno Roche), académique (Dominique Vermersch et Chantal Delsol).

Focus sur deux interventions particulières

Oui, les chrétiens sont et seront moins nombreux dans la société. Raison de plus pour témoigner notre appartenance et notre foi chrétienne, encourage la philosophe Chantal Delsol. Car, plutôt que de nous larmoyer sur le déclin imminent de la civilisation judéo-chrétienne, mieux vaut appréhender la réalité telle qu'elle est et afficher notre foi, là où nous demeurons.

Un vibrant éloge du témoignage

Estimée dans le monde des idées, la française Chantal Delsol défend une vision du monde loin du conformisme ambiant ou des jérémiades désespérées.

"Nous ne sommes pas dans une période relativiste et nous n'entamons pas un processus de destruction des certitudes", observe la philosophe, qui pointe davantage un retour 2.000 ans en arrière, antérieur aux principes et valeurs du monde judéo-chrétien. "Avec l'effacement de la culture chrétienne, nous revenons à des cultures précédentes et des sociétés préchrétiennes, comme le stoïcisme, ou extra-chrétiennes (chinoise ou asiatique)." Pour s'en convaincre, il suffit de constater l'engouement contemporain pour de multiples recueils de sagesse. "Nous revenons à une culture universelle de l'humanité qui s'impose de façon instinctive."

Trois pierres d'achoppement illustrent ce revirement, sous-tendu par la perte des notions de vérité, de progrès et de personne. La notion de vérité est occidentale. Mais, à présent, "les vérités s'effacent pour rendre la parole au mythe. Un mythe n'est ni vrai, ni faux. Il n'y a pas de vérité universelle." Ainsi, la véracité de l'existence supposée du personnage nommé Achille ne revêt pas la moindre importance. Ensuite, le temps fléché (qui court vers le salut, voire le p/Progrès), est récusé pour faire place au temps circulaire (qui revient incessamment). Enfin, après avoir une avancée notable "vers l'individualisme, l'idée de la personne s'efface". "Tous les individus sont uniques, singuliers, ont une idée de leur propre destin et du destin commun, ont une liberté." Semblable perception individuelle disparaît et "le salut est remplacé par le destin", "il y a une valorisation du consensus, de la gouvernance, et un abandon progressif de la responsabilité personnelle".

Des fondements essentiels, malgré tout

"Ces principes que nous abandonnons, nous y tenons. C'est là qu'est l'incohérence." Ainsi, à titre d'exemples, le Tribunal pénal international témoigne de "l'universalité de nos principes; déçus par le progrès, nous tenons à l'espérance et, enfin, la fascination vouée à Antigone montre la résilience de l'idée de personne". Quoi qu'il en soit, les chrétiens sont désormais "appelés à la pratique, à être vertueux". Et Chantal Delsol d'oser affirmer qu'il s'agit d'un "bienfait".

Autre point de vue avec l'économiste Dominique Vermersch, venu évoquer le développement humain, sous l'angle écologique.

Partant de le l'assertion de Benoît XVI en 2009, selon laquelle il existe dans la nature une grammaire que nous sommes invités à apprendre, Dominique Vermersch a rappelé combien "la technique prend pour modèle la nature". En d'autres mots, "la nature est un référentiel important de la technique". En outre, "l'ordonnancement de la nature est accessible à notre raison". Mais admettre que la nature contient un "message moral" n'est pas évident, il existe même "un refus de considérer la nature comme une instance morale".

Le "triptyque du mouvement"

Trois composantes composent la dynamique du don, puisqu'il implique de "recevoir, s'approprier et redonner". Les risques de fracture peuvent apparaître à chacun des niveaux, avec, en premier lieu, la négation du don originel. "La nature n'a plus aucun référentiel; c'est l'absolutisation de la technique." Deuxième cas de figure avec "un refus d'appropriation de la nature". Dans ce cas, l'homme se refuse à la "dompter". Enfin, "le don offert est esquivé, l'économie marchande absolutisée". Et Dominique Vermersch de renvoyer chacun à la parabole éclairante des talents…

Le Forum chrétien de la vie sociale a connu des échanges d'idées qui n'ont pas manqué de réjouir les organisateurs de la journée. L'objectif est atteint, avec des orateurs de qualité. Et déjà de nouveaux projets apparaissent pour le quatrième Forum…

Angélique TASIAUX

Ecoutez le compte rendu de cette journée réalisé par Jacques Galloy (RCF Liège):


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