Selon l’Appel pour une école démocratique, la situation de l’enseignement en Belgique est "catastrophique" en matière de reproduction des inégalités sociales. Selon cette association, la ségrégation des élèves est la cause principale du déficit d’équité scolaire.
Si la dernière publication des résultats aux fameux tests PISA avait mis en évidence des scores très moyens (mais en progrès) en ce qui concerne les "performances" scolaires (en lecture, mathématique et culture scientifique) de nos jeunes francophones âgés de 15 ans par rapport à leurs homologues européens, il est une face encore plus sombre révélée par ces tests: celle des écarts entre élèves à l'intérieur d'un même pays. Et de ce point de vue, la situation est en effet bien pire voire catastrophique, révélant ainsi l'ampleur de l'inégalité sociale dans l'enseignement en Belgique. C'est ce que rappelle le service d’étude de l’Appel pour une école démocratique (Aped) qui a justement réalisé une analyse autonome et originale des résultats de l’enquête PISA 2012.
Pour l'Aped, c'est d'ailleurs cette mesure des écarts à l'intérieur d'un même pays qui est le plus intéressant dans ces tests PISA. D'une part, parce que ces écarts internes sont beaucoup plus grands, donc plus significatifs que les écarts entre pays. Et d'autre part, parce qu’ils sont relativement indépendants de la plus ou moins grande conformité entre les questions de PISA et les programmes ou pratiques d’évaluation nationaux.
De cette analyse, il ressort que la Belgique est, avec la France, le pays d’Europe occidentale dont l’enseignement est le plus inéquitable. C’était le cas depuis longtemps pour la Fédération Wallonie-Bruxelles. Mais cela le devient en Flandre où l’écart entre élèves autochtones et allochtones est même plus important (même si l'on se base sur une origine sociale identique) et où les performances scolaires sont le plus étroitement liées au niveau d’étude des parents.
Une sélection trop précoce
Si les tests PISA révèlent cette corrélation entre l'inégalité sociale et la ségrégation des élèves, peut-on parler pour autant d'une relation de cause à effet? L'Aped est affirmative: les inégalités sociales, ou liées à l’immigration, sont avant tout le résultat de puissants mécanismes de ségrégation. "En Fédération Wallonie-Bruxelles, les taux de redoublement sont parmi les plus élevés d’Europe occidentale et l’impact de l’origine sociale sur la probabilité d’un redoublement y est particulièrement criant."
De manière générale, l'étude pointe la sélection précoce (dès la fin de la secondaire), les réseaux concurrents et la polarisation sociale des établissements scolaires (école de "riches"/écoles de "pauvres") comme des caractéristiques des systèmes d’enseignement de Belgique.
Pour renverser la situation, l'Aped prône différentes recommandations: une école commune de plus longue durée (jusqu'à 16 ans), des classes de taille plus réduite, la fusion des réseaux en un réseau public unique dans lequel les écoles auraient une grande autonomie pédagogique, la régulation des inscriptions, la remédiation et l'encadrement au lieu du redoublement et de la sélection qui sont, selon l'Aped, les causes - et non les conséquences - des résultats inégaux sur le plan scolaire.
P.G.
Lire l'étude complète de l'Adep

