Le village d'Abu Gosh a été le centre de bien des attentions le 23 octobre, à l'occasion de l'inauguration d'un mémorial dédié au cardinal Lustiger. Une première dans un pays où les symboles sont légion.
Abu Gosh… Le lieu ressemble à une oasis de paix et de verdure, posée au milieu d'un village majoritairement musulman. Des moines bénédictins y sont installés depuis une centaine d'années, reprenant le flambeau des croisés, qui furent les fondateurs d'une église au XIIe siècle. Lieu d'accueil par excellence, les moines reçoivent les pèlerins et visiteurs qui se pressent dans leur "maison de prière". De ces rencontres surgissent des initiatives qui ont pour vocation de réunir les gens, par-delà leurs convictions religieuses. Là, juifs, musulmans et chrétiens sont invités à dialoguer ensemble, pour construire durablement un avenir commun.
Tombé sous le charme d'Israël à l'adolescence, le père Olivier est l'une des chevilles ouvrières de ce projet sempiternel du dialogue interreligieux. Il se réjouit de la création d'un mémorial au nom du cardinal Lustiger et retrace pour nous la genèse de cette construction, qui mêle en son sein les trois religions monothéistes: "L'initiative est due à l'ancien président des associations juives de France, Richard Prasquier, qui a désiré ce mémorial. Le lieu choisi n'est pas anodin, puisqu'il s'agit d'un monastère chrétien situé au centre d'un village musulman. L'architecture a été conçue par Tsvi Efrat, celui qui a réalisé la rénovation du musée d'Israël." Pour le père Olivier, une telle construction symbolise "les pont qu'il faut construire au-delà des différences culturelles et politiques." Car l'église d'Emmaüs demeure, avant tout, une "église de rencontre".
Un engagement pastoral édifiant
La vie du cardinal Lustiger ressemble à un roman, tant elle est traversée de choix et gestes forts et inhabituels, et ce dès l'adolescence. Né dans une famille juive, Aron Lustiger s'est converti au catholicisme à l'âge de 13 ans. Sa conversion n'a pas entériné un reniement de son éducation juive, mais elle s'inscrit plutôt comme un aboutissement, plaçant le Nouveau Testament dans la prolongation de l'Ancien. Homme de foi et de conviction, le cardinal Lustiger n'a eu de cesse d'œuvrer au dialogue entre les deux communautés. "Avec l’encouragement et le soutien de Jean-Paul II, il a posé pour le développement des relations entre les juifs et les chrétiens des actes décisifs que peut-être lui seul pouvait engager. Son histoire personnelle le conduisait à se reconnaître comme un témoin privilégié de la vocation universelle de l’Alliance conclue au Sinaï entre Dieu et son Peuple." (Mgr André Vingt-Trois). Dans un monde en mutation et en quête spirituelle, il a inscrit à son actif de nombreuses fondations évangéliques, parmi lesquelles Radio Notre-Dame ou KTO. Six ans après sa mort, les projets qu'il a initiés, subsistent et continuent de témoigner de la puissance de son engagement pastoral.
L'inauguration du mémorial a donné lieu à une grande manifestation le 23 octobre, en présence de nombreuses personnalités, parmi lesquelles le patriarche latin de Jérusalem, Mgr Fouad Twal, et l'archevêque de Paris, le cardinal André Vingt-Trois. Celui-ci avait fait le déplacement en compagnie de 150 personnes actives dans le dialogue judéo-chrétien contemporain. Gageons que cette construction dédiée au cardinal Lustiger fasse des émules…
Angélique TASIAUX

