Editorial de Jean-Jacques Durré, paru dans "Dimanche Express" n°28 du 25 août 2013 :
Nul n’ignore plus que la Belgique connaîtra des élections en 2014, à la fois fédérales, régionales et européennes. Un triple scrutin qui prend l’allure, si l’on écoute la presse, d’élections de la «dernière chance» pour la survie de l’Etat. Cette allusion est revenue sur le devant de la scène médiatique lorsque l’ancien Premier ministre Yves Leterme a annoncé qu’il ne serait pas candidat.
Disons-le tout net: les médias jouent un jeu dangereux en annonçant, moins de dix mois à l’avance, que l’après-scrutin sera difficile, voire périlleux. Certes, la Belgique n’est pas un pays comme les autres; la politique y est compliquée et même rude. Au cours de ces dernières années, la montée de certains radicalismes n’a pas contribué à l’apaisement. Mais, faut-il pour autant «alarmer» le citoyen? Au risque, en plus, de porter préjudice à notre image sur le plan international. On sait que dans un pays où le clivage communautaire divise les formations politiques, même celles qui partagent une idéologie commune, il n’est pas aisé de former un gouvernement fédéral. On se doute que les négociations seront âpres, quel que soit le résultat du scrutin. Mais, n’y a-t-il pas un rôle plus responsable à jouer dans le chef de la presse?
Loin de nous l’idée de nous poser en «donneur de leçons» ou en moralisateur. Mais, lorsqu’un pays, voire un continent, est frappé par une crise économique et sociale qui perdure, ne faut-il pas mettre en avant, comme journaliste, les sujets qui nécessitent une réflexion et plus que probablement la prise de décisions courageuses? Notre mission d’information n’est pas de contribuer à entretenir un climat négatif, même s’il est logique d’attirer l’attention sur les risques encourus, mais bien de rappeler qu’il y a des enjeux de taille, qui dépassent de loin le cadre étroit de nos frontières. Car, la crise ne sera pas résolue par notre seul pays, mais bien en synergie avec nos partenaires européens. Voilà aussi pourquoi les élections européennes sont tout aussi importantes que les scrutins fédéral et régional.
Nous devons contribuer à donner à nos concitoyens des clés de lecture, des défis à relever sans délai sous peine d’obérer l’avenir. Aujourd’hui, les médias ont une place importante dans bien des domaines et contribuent au développement de notre société. Voilà pourquoi, ils ne doivent pas jouer avec le feu.
