Alors que des rumeurs circulaient le 30 juillet sur la possibilité d’un enlèvement du Père Paolo Dall’Oglio, dans la ville de Raqqa au nord de la Syrie, le Père Jens Petzold, un proche du jésuite italien, estime qu'il n'y a pas encore de raisons de s'inquiéter.
Voici quelques jours, le fondateur du monastère de Mar Moussa, docteur honoris causa de l’UCL, connu pour sa recherche de dialogue interreligieux comme pour sa "rage" * au coeur et son franc parler, était revenu au pays qui lui est cher. Bravant le danger et les interdits, puisqu’il avait été expulsé en juin 2012, le jésuite avait choisi de venir d’Irak via la Turquie en "zone libérée" pour y négocier la libération de personnes kidnappées aux mains de factions armées dont un groupe proche d’Al Qaeda, l’EIIL (l’émirat de l’Etat islamique d’Irak et du Levant).
Depuis le Kurdistan irakien, le Père Jens Petzold, le responsable de la communauté al-Khalil fondée par le Père Paolo, nous confirme que ce dernier avait été chaleureusement accueilli à Raqqa et y avait rendu visite à divers groupes d’activistes. Le 29 juillet, il avait rendez-vous au siège de l’organisation jihadiste, chez l’émir. Il avait prévenu qu’il ne serait probablement pas joignable pendant quelques jours. "Le soir, on s’est inquiété de ne pas l’avoir vu, comme prévu, au repas, en cette période de ramadan. Mais on ne peut pas dire qu’il a été enlevé", commente le Père Jens. "Il continue sa mission, il est vraisemblablement toujours en train de dialoguer". Comme il l’a confirmé du reste à un activiste syrien de l’armée libre, rencontré le 29 juillet soir à Raqqa avec qui il a échangé des tweets, précisant qu’il ne fallait pas s’inquiéter pour lui avant quelques jours. "Il n’y a pas donc pas de raison de s’alarmer actuellement", poursuit le supérieur de la communauté "d’autant que le Père Paolo est très connu et apprécié dans la région." Il avait d’ailleurs effectué les mêmes démarches avec succès, obtenant des libérations, en priant, jeûnant et dialoguant dans la ville assiégée de Quseyr en 2012.
Toutefois, ici, le prêtre aurait également demandé aux combattants d’arrêter les violences à l’encontre des Kurdes, qui leur sont particulièrement hostiles. Il est aussi connu pour sa dénonciation des exactions du régime comme des complicités de certains ecclésiastiques avec le Président Bachar el Assad.
Au cœur de cette ville ensanglantée, Paolo Dall’Oglio entendait travailler discrètement à la réconciliation entre combattants kurdes, islamistes et autres factions rebelles en rencontrant leurs leaders, ce qui explique son silence, comme l’écrit ce 30 juillet l’un de ses correspondants, un activiste très écouté de l’armée syrienne libre. A ce dernier qui lui avait suggéré de prendre des gardes du corps pour cette mission risquée, le jésuite avait répondu, fidèle à lui-même : « Non », car « c’est mon pays, mon peuple ».
Béatrice Petit
* La rage et la lumière, titre du dernier livre de Paolo Dall’Oglio, paru en mai 2013, "pour réveiller les consciences sur le drame syrien".
