Editorial de Jean-Jacques, paru dans le "Dimanche Express" n°18 du 19 mai 2013 :
Il ne se passe pas un jour sans que l’on parle de la crise et des situations de pauvreté qu’elle engendre, en Europe, mais aussi chez nous. Force est de constater qu’après cinq ans, la situation a évolué négativement. On est donc en droit de se demander si les mesures prises sont adéquates. La réponse est non! Plus facile à dire qu’à faire? J’en conviens. Mais, après des mois de mesures (ou de «mesurettes»), souvent prises dans l’émotion et sans perspectives ni analyse des conséquences qu’elles entraînent à moyen terme, avec aussi des résultats peu probants, il est peut-être temps de changer de cap. Il faut en appeler à la réunion d’une vaste conférence sur la crise et sur l’avenir du monde, sous l’égide de l’ONU. Utopie? Non. La crise des pays occidentaux touche toute la planète. Les défis sont donc globaux, et à l’échelle de cette mondialisation dont on a vanté les mérites, mais qui fait aussi des dégâts. Regardons vers le Bangladesh et d’autres régions: des gens y travaillent pour des salaires de misère, au risque de leur vie, afin de produire des biens vendus chez nous à des prix élevés, mais «abordables pour nos populations au pouvoir d’achat diminué». De quoi permettre à celles-ci de garder l’apparence d’une opulence qu’elles n’ont plus. Mais, en Europe aussi, la crise crée de la pauvreté. En Espagne, 27% de la population est sans emploi, et chez les jeunes de moins de 25 ans, le taux de chômage frise les 60%!
Aujourd’hui, selon les chiffres du gouvernement belge, le seuil de pauvreté se situe aux alentours de 1.000€ pour une personne isolée. Or, un Belge sur sept atteint ce seuil de pauvreté. Les récents licenciements dans plusieurs entreprises du pays devraient hélas accroître encore cette proportion. Question: notre société est-elle réellement devenue incapable d’endiguer ce phénomène de paupérisation? Doit-on continuer à accepter que des gens vivent dans la rue, dans nos pays et même ailleurs ? Doit-on accepter que des retraités ne puissent plus vivre décemment? Doit-on fermer les yeux sur le travail digne de l’esclavage qui sévit dans des pays du Tiers-monde? Et, à côté de ces situations de désespoir, nous gaspillons en Europe 240.000 tonnes de nourriture par… jour! Cette situation choquante appelle une réaction de grande ampleur. Faute de quoi, ces déséquilibres mèneront à des conflits. Oui, notre monde occidental doit se remettre en question. Rapidement.

