Editorial de Jean-Jacques Durré, paru dans "Dimanche Express" n°20 du 2 juin 2013 :
Le pape François n’en finit pas de rappeler à chaque chrétien ce que ce mot signifie et ce qu’il implique dans les actes. Et l’on doit s’en réjouir. Ces paroles ont pour vocation de bousculer, non pour blesser, mais bien pour nous inciter à agir, là où nous sommes.
Le Christ n’a pas fait autre chose avec ses premiers disciples. Il les a envoyés aux extrémités du monde pour porter la Bonne Nouvelle et pour agir en son nom. Et, en tant que baptisés, il nous revient d’assurer la relève. Certes, il s’agit d’un engagement et non d’un combat. Pas question d’imposer nos idées ou nos vues à d’autres, qui ne partagent pas notre foi. C’est dans la connaissance de cet autre, dans le respect de ses convictions et dans le dialogue, que l’on contribuera au mieux à la naissance d’un monde nouveau, plus juste, plus solidaire.
A cet égard, il est essentiel de se pencher sur les grands enjeux de cette deuxième décennie du XXIe siècle. Récemment, le tragique assassinat d’un soldat britannique, à Londres, a remis en lumière la nécessité de poursuivre et d’accroître le dialogue avec la religion musulmane, sans confondre Islam et islamisme.
Les déséquilibres mondiaux, qu’ils soient économique, social ou autres, doivent aussi devenir notre objectif d’action: nous devons les réduire, car ils sont indignes. Peut-on tolérer qu’il y ait des êtres humains oubliés, laissés au bord du chemin ou exploités ?
Même chez nous, il importe d’agir au regard de la crise à la fois conjoncturelle et structurelle que nous traversons avec d’autres nations européennes. Il y a des leçons éthiques à tirer de la crise. La plus frappante est l’appât du gain. En soi, faire fructifier ses avoirs parce qu’on a envie de mieux vivre, ne nuit pas aux autres. Or, depuis 2008, nous avons précisément assisté, avec des mécanismes d’incitations clairement erronés, à un appât du gain qui nuit à autrui et qui est donc condamnable.
Il faut donc changer notre fusil d’épaule. Certes, il y aura toujours des crises et de nouveaux défis. Mais n’envisagerions-nous pas de porter davantage d’attention dans le futur proche aux dimensions alimentaire, énergétique, environnementale et migratoire, qui sont les grands défis de ce temps ? Au vu de ce que nous vivons, cela semble indispensable, en le faisant à la lumière de cette espérance que nous donne l’Evangile. Car désespérer ou se dire que l’on ne peut rien y faire, c’est renoncer. Ce n’est pas à quoi nous appelle le Christ et il est heureux que le pape nous le rappelle !

