Russie : les ONG en ligne de mire


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Russie : les ONG en ligne de mire
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
3 min

Croire que la Russie est une démocratie à l’occidentale est sans doute un vœu pieux. En effet, selon Human Right Watch, 2012 a été la pire année pour les droits de l’homme. Cette fois, ce sont les ONG qui sont dans le collimateur du Kremlin.

Perquisitions et visites administratives se multiplient depuis plusieurs jours dans les bureaux d’organisation de défense des droits de l’homme qui refusent de s’enregistrer comme « agents étrangers ». De fait, une nouvelle loi oblige les organisations non gouvernementales (ONG) à déclarer leurs sources de financements de l’extérieur et leur finalité politique. Selon la correspondante du quotidien La Croix à Moscou, plus de 200 organisations ont été « inspectées » ces derniers jours en Russie, à Moscou mais aussi dans diverses grandes villes régionales. « Ce n’est bien sûr pas une coïncidence », s’inquiète Loudmila Alexeeva, doyenne dans la communauté russe de défense des droits de l’homme. « Vont-ils fermer nos organisations sous divers prétextes ? », poursuit cette ancienne dissidente. Des questions qui risquent de rester sans réponses, pour l’instant car, si les inspections semblent avoir été décidées de manière coordonnée, elles ont été menées sur le terrain de façon très éclatée, écrit la correspondante de La Croix.

Une des dernières perquisitions effectuées récemment s’est déroulée dans les bureaux moscovites de Human Rights Watch. « Il s’agit dans un premier temps d’intimider et, plus généralement, de chercher à discréditer les concepts des droits de l’homme et de la société civile, de les rendre étrangers et donc suspects », s’est insurgée Rachel Denber, l’une des directrices de l’ONG américaine. Cette organisation a récemment irrité le Kremlin. En janvier, dans son rapport annuel, elle a estimé que 2012 a été « la pire année pour les droits de l’homme dans l’histoire de la Russie post-soviétique ». En février, elle a ensuite publié des révélations sur l’ampleur du recours à des travailleurs immigrés sur les chantiers des prochains JO de Sotchi.

« Amnesty International, qui critique les arrestations des manifestants anti-Kremlin ; Transparency International, qui dénonce la corruption ; Agora, qui défend les droits de l’homme ; le Centre de coopération pour la réforme de la justice pénale, qui aide les détenus ; Civic Assistance, qui soutient les réfugiés… toutes viennent ainsi tour à tour d’être la cible de perquisitions et de diverses vérifications administratives », souligne la journaliste de La Croix.

Inquiétudes de l’Allemagne

Toutes ces associations ont un point commun : elles sont soupçonnées de recevoir des financements étrangers. Or, parmi les lois entrées en vigueur depuis le retour au Kremlin de Vladimir Poutine en mai dernier, qui a marqué un fort tournant répressif après les manifestations de 2011-2012 dénoncées comme commandées de l’extérieur, une nouvelle réglementation oblige les ONG à déclarer si elles reçoivent des fonds occidentaux et si leurs activités ont une finalité politique. Dans ce cas, elles doivent obligatoirement s’inscrire sous le registre d’« agents de l’étranger » et se présenter ainsi publiquement. Un enregistrement auquel se sont refusées la plupart des organisations concernées, rappelant que le qualificatif « agent de l’étranger » était appliqué sous l’époque stalinienne aux « ennemis du peuple » destinés au goulag. Pour non-respect de la nouvelle loi, les responsables des ONG sont, du coup, menacés d’une peine allant jusqu’à deux ans de camp.

Parmi les organisations visitées ces derniers jours figurent aussi des centres culturels étrangers, notamment plusieurs Alliances françaises de région ainsi que les locaux à Moscou de la fondation allemande Friedrich-Ebert et ceux de la Fondation Konrad-Adenauer à Saint-Pétersbourg. Si le ministère français des Affaires étrangères a demandé des « explications », l’Allemagne a eu des mots plus durs. Le porte-parole de la Chancelière Angela Merkel a fait part de sa « grande inquiétude ».

D’après La Croix

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