Editorial de Jean-Jacques Durré, paru dans le "Dimanche Express" n°28 du 26 août 2012 :
Mon intention n’était pas de revenir sur les évènements que suscite la probable libération de Michelle Martin. Mais, que se passera-t-il si la Cour de cassation valide la décision du tribunal d’application des peines? On n’ose pas y penser au vu des slogans qui ont été hurlés dimanche, lors de la manifestation organisée à l’initiative du papa de la petite Julie.
Avant tout, rappelons que la peine et la douleur des victimes ne s’éteindront jamais. C’est effectivement à perpétuité qu’ils sont condamnés. Nous restons tous sensibles à leur vécu et à leur souffrance. Mais la force et la beauté d’une démocratie résident dans la confiance des citoyens envers ses institutions et surtout sa justice. On peut comprendre que l’acte commis par Mme Martin est difficilement pardonnable, a fortiori pour les victimes. Or, la justice s’est prononcée et les peines appliquées servent autant à punir le coupable qu’à préparer sa réinsertion dans la société après une période de réadaptation.
Autre acquis de la démocratie: le droit à l’expression. Mais, cela permet-il tous les abus de langage et certains débordements observés? C’est le retour à la loi du Talion. "Œil pour œil, dent pour dent." Il faut avoir le courage de dire que cette attitude relève de la vengeance privée et non de la justice. Et c’est précisément des sentiments de vengeance et de haine qui ont animé certains participants à la manifestation du 19 août. Au risque de choquer, c’est indigne d’une société moderne, par ailleurs encline à donner des leçons de démocratie à d’autres et à défendre, à juste titre, les droits humains fondamentaux.
Alors, réformer éventuellement la justice? Oui. Mais pas dans le climat passionnel actuel. Faisons confiance à nos institutions, ce qui n’exclut pas de rester vigilant.
Pour nous chrétiens qui plaçons haut les valeurs de l’Évangile, n’est-ce pas l’occasion de rappeler les paroles de Saint Paul, dans sa lettre aux Éphésiens (Ep 4, 30-32; 5, 1-2): "Frère, en vue du jour de votre délivrance, vous avez reçu en vous la marque du Saint Esprit de Dieu: ne le contristez pas. Faites disparaître de votre vie tout ce qui est amertume, emportement, colère, éclats de voix ou insultes, ainsi que toute espèce de méchanceté. Soyez entre vous pleins de générosité et de tendresse. Pardonnez-vous les uns aux autres, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ." Tout n’est-il pas dit?
