Editorial de Pascal André paru dans "Dimanche Express" n°22 du 17 juin 2012 :
Il aura fallu les récentes émeutes de Molenbeek pour que la classe politique se penche enfin sur le cas du groupuscule islamiste Sharia4Belgium et envisage le retrait de la nationalité belge de Fouad Belkacem, son principal leader. Bien sûr, le contexte de précampagne électorale explique en partie la soudaine fermeté de nos autorités, mais pas uniquement. Ces extrémistes musulmans représentent en effet un réel danger pour notre démocratie, et si, jusqu'à présent, ils se sont contentés de délivrer leur message de haine, ils pourraient très bien décider prochainement de passer aux actes. Mohamed Merha, le tueur de Toulouse, appartenait lui aussi à ce courant, et l'on sait aujourd'hui dans quel bain de sang tout cela s'est terminé.
Faut-il pour autant interdire de manière préventive tous les groupes extrémistes, sous prétexte qu'ils pourraient basculer dans la violence? Non, estiment certains défenseurs des droits de l'homme, et ils n'ont pas tout à fait tort. Nous disposons, en effet, en Belgique, de tout un arsenal législatif qui permet de poursuivre les organisations incitant à la haine et à la discrimination, ou de faire fermer les sites Internet prônant le racisme, le négationnisme ou le terrorisme. Mais il faut pour cela qu'un acte délictueux ait été commis et qu'il ait été constaté par un juge. Or, ce que la plupart des partis souhaiteraient aujourd'hui, c'est pouvoir agir plus vite, avant qu'il ne soit trop tard.
L'intention est évidemment louable, mais il ne faudrait pas, sous prétexte de défendre les valeurs de la démocratie, que nous mettions en péril des libertés fondamentales, comme la liberté d'expression ou d'association. Face à une problématique aussi complexe, la mesure s'impose. Agir précipitamment ou sous le coup de l'émotion pourrait s'avérer contre-productif.
Pour lutter contre le radicalisme extrême, il est également important de travailler de manière transversale. Voter de nouvelles lois, renforcer les effectifs chargés de surveiller les groupes suspects, relever le niveau de vigilance, c'est bien, mais ce n'est pas suffisant. Il faut aussi travailler en amont, approfondir notre connaissance de l'islam, essayer de mieux comprendre ce qui pousse certains jeunes à se radicaliser, favoriser leur intégration, leur donner un avenir, arrêter de les stigmatiser ou de les discriminer, car leur haine est souvent une réaction à notre propre intolérance. De leur côté, les jeunes musulmans doivent comprendre qu'en démocratie, il y a des règles à respecter et des limites à ne pas franchir. Ce n'est qu'en faisant un pas l'un vers l'autre que nous parviendrons à sortir du cycle de la violence.

