Editorial de Jean-Jacques Durré, paru dans le "Dimanche Express" n°19 du 20 mai 2012 :
On a beaucoup parlé ces dernières semaines d’élections, mais aussi d’extrémisme, de radicalisation et de rejet. Les récents scrutins en France, en Grèce, en Algérie ont fait ressurgir une hausse des thèses extrêmes, de tous bords, et une désaffection des populations pour la politique. En Grèce, la sanction infligée aux partis "traditionnels" en est la preuve. De même, savoir qu’outre-Quiévrain, plus d’un million d’électeurs ont préféré voter blanc ne doit pas laisser indifférent.
Au moment où 1000 jeunes se rendaient à Auschwitz et Birkenau afin d’honorer le devoir de mémoire, un parti néo-nazi faisait son entrée au Parlement grec. Pourtant, la Grèce est le berceau de la démocratie et, lors du dernier conflit mondial, elle a payé un lourd tribut à la barbarie nazie. Alors?
Face à la crise, à la montée du chômage, à la diminution du pouvoir d’achat, à la paupérisation, il faut tout faire pour ne pas rester indifférent. On parle souvent de la "majorité silencieuse"… Il faut que celle-ci "se réveille". Nous devons nous interroger sur le type de société que nous voulons. Et accepter qu’être solidaire de l’autre, c’est faire soi-même des sacrifices. Le repli sur soi n’est pas la solution, car il y a urgence.
"Ventre affamé n’a pas d’oreille", dit un proverbe populaire. Et celui-ci ne s’adresse plus aujourd’hui qu’aux seuls pays en développement. À l’heure où le monde est devenu un village, nous devons prendre les problèmes à bras le corps et trouver des solutions. Les slogans creux ne peuvent plus avoir cours : ils doivent se concrétiser en actes.
Chaque citoyen, et particulièrement les croyants, devrait s’indigner devant l’inacceptable. Il ne s’agit pas ici de faire du poujadisme simpliste. Il s’agit de dire aux extrémistes de tous bords, qu’ils soient de gauche ou de droite, religieux ou laïcs, que les solutions qu’ils avancent ne résoudront rien, et le démontrer avec fermeté. N’oublions pas que la lutte contre le régime nazi et ses camps de la mort n’a pas empêché les goulags soviétiques, les camps de redressement en Chine, le génocide rwandais, les exterminations en Bosnie, etc.
On a parfois l’impression que devant la crise, la peur de s’engager est réelle. En n’agissant pas, nous laissons le champ libre à ceux qui en profiteront, et pas toujours à bon escient. Comme chrétiens, nous pouvons donc nous engager, là où nous sommes, pour promouvoir ces valeurs du christianisme d’amour, de solidarité, de respect; valeurs qui sont universelles. Il faut convaincre les générations futures non seulement de s’indigner lorsque c’est nécessaire, mais surtout de s’engager.

