La Guerre est déclarée


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La Guerre est déclarée
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

Largement autobiographique, le film de Valérie Donzelli nous fait pleurer – et rire – avec une histoire de deux jeunes parents confrontés à la peur de perdre leur enfant. C'est à la fois radieux et bouleversant.

Quand la critique est aussi élogieuse que le grand public (et c'est suffisamment rare pour le souligner), il n'y a pas d'excuses qui tiennent pour passer à côté de ce beau moment de cinéma. Ovationné à Cannes lors de sa présentation (dans le cadre de la Semaine de la Critique), "La guerre est déclarée" est un véritable hymne à la vie, à l'amour, à la solidarité face à la pire des choses qui puisse arriver dans la vie d'un jeune couple: la peur de perdre un enfant.
En l'occurrence, ce jeune couple fut celui que forma, dans la vraie vie, l'actrice et réalisatrice Valérie Donzelli et l'acteur Jérémie Elkaïm (également co-scénariste), parents d'un petit Gabriel (que l'on voit au tout début et en fin de film). De cette expérience, ils ont réussi à faire une fiction où elle s'appelle Juliette et lui… Roméo. Deux jeunes, fous amoureux et insouciants, qui vont vite donner naissance à un petit Adam. Mais 18 mois plus tard, la pédiatre observe chez ce petit bonhomme une dissymétrie faciale qui se révèle, après examen neurologique, être la conséquence d'une tumeur au cerveau. Ce coup de tonnerre offre paradoxalement l'une des plus belles scènes de ce film, sur fond musical d’orage dans sa version "vivaldienne". La foudre du destin vient de frapper la jeune et jolie Juliette. Elle va toucher Roméo puis les parents. Mais le film ne laissera pas place à l'épanchement. Car la vie continue et la guerre est déclarée.
Tout se terminera bien, on le sait dès le départ. Pas de suspens de mauvais goût donc, d'autant que si Adam est sauvé, le couple lui ne survivra pas à cette épreuve, ce qu'une voix-off se contente de nous dire dans une grande pudeur. C'est avant tout un film d'action qui se révèle ici; un film de guerre même, la guerre contre le plus méchant des cancers, avec ses batailles gagnées et ses retraites. Une guerre menée en première ligne par de jeunes héros de la vie quotidienne, avec une énergie incroyable et l'aide de leurs proches.

Sincère jusque dans l'humour

Mais c'est aussi un film qui réjouit par ses différentes facettes d'humour. L'absurde, quand, pour conjurer leur peur, les jeunes parents imaginent le pire du pire pour leur enfant. Puis la poésie lorsque, s'amusant du nom du chirurgien qui va opérer leur petit garçon (le professeur Sainte-Rose), Juliette commence à réciter un Notre Père que son fiancé lui demande d'arrêter mais qu'elle finira au milieu de la nuit. La réalisatrice s'est même permis quelques gags, pas du tout appuyés, comme celui de la pédiatre qui décroche le téléphone d'enfant pour appeler un confrère…
Bref, malgré un sujet aussi difficile, ce n'est surtout aucunement larmoyant. Mais beaucoup auront du mal à retenir leurs larmes, des larmes d'humanité. Car tout est juste, sincère, authentique d'un point de vue émotionnel, et filmé à bonne distance, en évitant l'intrusion dans le monde de l'hôpital, ou le documentaire sur une maladie. En fait, c'est toujours l'histoire d'amour de ce couple qui mène le propos. Dans l'adversité, l'insouciance du départ fait peu à peu place à la maturité. "Pourquoi nous? Pourquoi Adam?", demande Roméo. "Parce qu'on est capable de supporter ça", répond Juliette. "Ne pas essayer d'en savoir plus que les médecins, ne retenir que ce qui est positif", se promettent-ils après avoir rencontré le chirurgien.
Soutenu par une bande originale délicieusement éclectique, ce film sort des sentiers battus et fait souffler un bel air frais sur le cinéma. Il rend hommage enfin au travail et à la qualité des équipes soignantes dans les hôpitaux et ce n'est pas la moindre de ses qualités.

Pierre GRANIER

Catégorie : Culture

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