Cinéma – Enquête sur une apparition


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Cinéma  – Enquête sur une apparition
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
4 min

Dans son dernier film, Xavier Giannoli donne chair et vibrations à une enquête canonique qui doit authentifier une apparition de la Vierge Marie. Un bras de fer étourdissant entre le souffle de la foi, les lumières de la raison et les injonctions de l’Eglise catholique romaine.

Avec L’apparition, Xavier Giannoli s’aventure non pas tellement dans un domaine religieux, mais davantage sur le terrain du vrai et du cru. Non pas du vrai et du faux, mais du décalage entre le message envoyé et ce qui est "reçu", c’est-à-dire vu, entendu, compris, diffusé. Une thématique que le réalisateur avait déjà abordée dans ses précédents films: A l’origine et Marguerite.

L’apparition poursuit donc dans la même veine: peut-on croire une voyante lorsque celle-ci annonce quelque chose qui n’est pas croyable, mais que beaucoup veulent croire?

Dans ce film, l’intrigue "religieuse" se double d’une autre: l’enquête et les investigations d’un reporter de guerre, Jacques (Vincent Lindon), qui reçoit un jour un mystérieux coup de téléphone du Vatican. Car dans une petite ville du sud-est de la France, une jeune fille de 18 ans a affirmé avoir eu une apparition de la Vierge Marie. Et des milliers de pèlerins viennent désormais se recueillir sur le lieu des apparitions présumées. Jacques, qui n’a rien à voir avec ce monde-là, est alors sollicité par l’Eglise pour faire partie d’une commission d’enquête chargée de faire la lumière sur ces événements. Se confrontent alors deux démarches dans ce film qui offre aux spectateurs deux possibilités de lecture. La première suit, au plus près, une enquête canonique de l’Eglise catholique sur un phénomène d’apparition. Cette partie est très bien documentée. Elle permet de voir l’évolution d’une telle recherche, mais aussi ses enjeux ainsi que les dérives et les récupérations qui s’ensuivent. Parallèlement à cette enquête, il y a la démarche rigoureuse d’un correspondant de guerre pour découvrir une vérité. Et cet aspect du film, malheureusement pas assez développé est sans conteste le plus passionnant, avec un duel entre le journaliste et la voyante. La vérité pourra-t-elle en sortir? Que faut-il abandonner pour y arriver? Qu’est-ce qui doit mourir en l’humain pour que soit découvert de qui l’on est porte-parole?

La foi et les preuves

Même si ses deux heures vingt peuvent sembler bien longues à beaucoup, le film de Xavier Giannoli est très intéressant car il a réussi pleinement à éviter la caricature en apportant un éclairage sur les différentes thèses en présence. A ceux et celles qui se poseraient la question de la "vérité" des apparitions (dont il est question dans le film) et du don par "la Vierge" à la jeune voyante (incarnée par la formidable Galatea Bellugi) d’un linge taché de sang (supposé être celui du Christ), nous ne donnerons pas de réponse. Non pas que celle-ci soit essentielle pour comprendre le propos du film, mais parce que la démarche est plus intéressante que le point d’arrivée. Un peu comme les pèlerinages – qui ne sont pas une pratique enfermée dans le catholicisme et remontent à des temps encore plus anciens – où c’est le chemin parcouru qui est le plus important. Signalons aussi que ce qui a trait aux apparitions n’est pas une obligation de croire pour les catholiques, même celles "confirmées" par l’Eglise catholique.

Et justement, en ce domaine, le film montre bien les divisions internes entre ceux qui y croient et les "sceptiques". Bien plus, c’est l’institution ecclésiale elle-même qui est beaucoup plus prudente que les fidèles. Comme si se jouait là en antécédence de toute proclamation dogmatique un ressenti du "peuple" et une attente de merveilleux devant laquelle l’Institution est, à tout le moins, circonspecte. D’ailleurs, les miracles "reconnus" comme tels sont rares.

C’est donc tout l’intérêt du film de montrer ces tensions qui amèneront peut-être à (se) poser des questions relatives aux mouvements populaires et à leur récupération éventuelle par l’Institution, ou leur récupération commerciale. On pourra aussi s’interroger sur le fait que la focalisation se fait sur le messager (en l’occurrence la voyante) et pas sur le message. Pour ce qui a trait au linge matériel remis par l’apparition "immatérielle", nous sommes dans les mêmes conditions que le "coup du poisson" dans un des évangiles ou l’auteur met en scène le "Ressuscité" qui mange du poisson sur le bord de l’eau. Comment en effet un poisson non glorifié peut-il être absorbé par un corps glorifié? Et à ceux qui doutent des apparitions mariales, il faut alors rappeler que le même registre était utilisé par les Ecritures pour exprimer un des modes, non de présence, mais de découverte du "Ressuscité". Cela n’est pas plus vrai dans ce cas que dans celui de la Vierge, mais il s’agit là d’un mode d’expression pour exprimer ce qui échappe à l’expression humaine "rationnelle".

Charles DE CLERCQ

 

Catégorie : Culture

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