Offrir un véritable moment de détente et de bien-être aux personnes qui souffrent, c’est le métier qu’a choisi Cedrine Gorreux. Elle est esthéticienne sociale. Une activité qu’elle pratique chaque jour avec un sourire plus que communicatif.
Difficile de ne pas lâcher prise lorsqu’on pénètre dans la pièce où Cedrine Gorreux prodigue ses soins au Grand Hôpital de Charleroi: des tons chauds, des photos qui permettent l’évasion, et surtout une esthéticienne sociale prête à s’occuper de vous. Elle est positive, douce et en même temps pleine d’énergie. Elle pose ses mains sur votre corps et là, le temps s’arrête, on profite pleinement de ce moment pour soi. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’esthéticienne a appelé son ASBL ‘Le temps d’un instant’, pour que les patientes dont elle prend soin, qui sont atteintes d’un cancer, voire en fin de vie, puissent profiter durant quelques instants du moment présent. "Lorsqu’elles sont entre mes mains, elles oublient tout", confie Cedrine. "J’ai une approche totalement différente du corps médical, car, même si j’en fais partie, je ne suis pas soignante. J’ai vraiment un rôle d’écoute. Quand on se retrouve à deux dans ma pièce ‘bien-être’ les paroles sortent. Les patientes se laissent aller, profitent du moment présent et du bien-être qu’elles ressentent."
Après avoir travaillé en tant qu’esthéticienne - au sens classique du terme - durant des années dans une parfumerie, mais également dans le secteur privé, Cedrine Gorreux s’est reformée pour devenir esthéticienne sociale. Deux métiers qui peuvent paraître identiques, mais qui sont, en fait, tout à fait différents. Avant, Cedrine Gorreux s’occupait et prodiguait des soins à des clientes. Aujourd’hui, c’est de patientes dont elle prend soin et à qui elle fait du bien.
Des conseils pour se (re)trouver belle
"Je suis là pour conseiller les patientes , pour leur apprendre à contrecarrer les effets secondaires de la chimiothérapie tels que la perte des cheveux, le changement au niveau de la peau, au niveau des ongles... Et donc je donne une panoplie de petits trucs et astuces pour qu’elles arrivent à se sentir belles dans ces moments très désagréables à passer." Elles ou ils, car 20% de la patientèle de l’esthéticienne est composée d’hommes. Si au début ils sont plus réfractaires, une fois qu’ils ont testé un soin, ils n’hésitent plus à en redemander à chaque chimiothérapie. Un soin visage, une manucure… Puisque finalement, les hommes subissent les mêmes effets secondaires que les femmes.
Et parce que ça n’est pas toujours facile d’accepter d’être touché lorsqu’on souffre d’une maladie, Cedrine commence toujours en douceur, elle entre dans ‘la bulle’ de son patient. "En général, je commence par un massage des mains, et petit à petit, une confiance s’installe entre nous. A partir de ce moment-là, je peux me permettre de faire les soins."
Ensuite, l’esthéticienne apprend au patient à adopter de nouveaux gestes beauté en fonction des effets secondaires qu’il subit. Par exemple, redessiner un sourcil au crayon, de sorte que le visage soit restructuré malgré la perte de celui-ci. "Parce qu’on a tendance à ne parler que des cheveux qui tombent, mais les sourcils et les ongles sont également affectés. Ce sont, au même titre que les cheveux et les poils, des phanères. Ils peuvent eux aussi être attaqués par les traitements et se décolorer, se décoller ou, dans des cas extrêmes, tomber."
Pouvoir reproduire ces gestes chez soi
L’objectif de l’esthéticienne sociale est aussi que ses patients puissent reproduire chez eux les gestes qu’elle leur apprend. Qu’ils acceptent de voir leur image se refléter dans un miroir, malgré les désagréments de la maladie. Une étape particulièrement difficile pour certains. "Le plus souvent, le regard devient négatif lors de la perte de cheveux. C’est pour cette raison qu’on leur propose des perruques, ou qu’on leur apprend à nouer des foulards sur leurs têtes. Il existe d’ailleurs énormément de tutoriels sur Internet à ce sujet."
Parce que le retour à la maison n’est pas toujours facile à vivre pour les patients. Durant la maladie, ils sont énormément entourés, que ce soit par le corps médical ou encore par leurs proches. Mais lorsqu’ils guérissent et qu’ils rentrent à domicile, ils reçoivent beaucoup moins d’aide extérieure. Ils doivent alors apprendre à retourner dans une société qu’ils ont quittée depuis des mois, relancer leur vie professionnelle, reprendre des habitudes au quotidien et surtout se réapproprier leur corps. Les conseils des esthéticiennes sociales sont donc plus qu’essentiels pour que ces retours ‘à la vie réelle’ se passent au mieux.
Profiter de la vie
Malheureusement, dans certains cas, c’est l’hôpital qui restera la dernière demeure des patients. Mais comme Cedrine aime le dire, "ce n’est pas parce que c’est la fin qu’on ne doit plus prendre soin de soi". Certaines patientes lui demandent donc de venir vernir leurs ongles ou encore de maquiller leur visage pour cet ultime voyage. Elles tiennent à affronter ce passage de la vie à la mort en se sentant belles.
Que ce soit en soins palliatifs ou en oncologie, ces moments de complicité et de partage avec les patients ont inculqué une autre philosophie de vie à notre esthéticienne sociale. "Je sais que j’apporte énormément aux patients, mais eux me rendent au centuple ce que je leur donne. Du coup, on a envie de vivre l’instant présent parce qu’on sait que demain tout peut changer. Donc je dis toujours : vivez heureux !"
Natacha COCQ
Page Facebook : Esthétique sociale ASBL "Le temps d’un instant"
Retrouvez un reportage consacré à l’activité professionnelle de Cedrine Gorreux ce samedi 30 avril à 9h20 sur La Une dans l’émission "En quête de sens" sur le thème "Changer de vie".
Offrir un véritable moment de détente et de bien-être aux personnes qui souffrent, c’est le métier qu’a choisi Cedrine Gorreux. Elle est esthéticienne sociale. Une activité qu’elle pratique chaque jour avec un sourire plus que communicatif. 
