Editorial du P. Charles Delhez, paru dans le "Dimanche Express" n°30 du 4 septembre 2011 :
La carte géopolitique de demain ne sera plus celle d’aujourd’hui. Et demain est proche. Nous assistons à un brassage de peuples et de religions comme il n’y en a sans doute jamais eu. Mais ce n’est pas nouveau pour autant. Notre histoire est faite de guerres, d’invasions et de flux migratoires, d’empires qui naissent ou s’effondrent…
Sous nos yeux, le monde arabe connaît une révolution impressionnante qui pourrait se solder par la disparition en son sein des chrétiens, les plus anciens habitants de ces contrées. En Syrie, ils sont donc assez réticents à propos de l’évolution en cours, craignant l’effet “cheval de Troie”. Le régime en train de s’écrouler, tout imparfait qu’il fût, était tolérant vis-à-vis des minorités. Selon Mère Agnès, personnalité locale, celui qui se mettra en place pourrait engendrer une guerre civile confessionnelle où l’élément sunnite fondamentaliste galvaniserait les foules contre les alaouites, les chrétiens, les druzes les kurdes et tous les autres, selon ses dires. En Égypte, les massacres de chrétiens ont repris et le patriarche copte catholique d’Alexandrie craint que le modèle d’un État religieux islamique ne se mette en place. En Europe, dans l’ex-Yougoslavie, Sarajevo semble être le théâtre d’une épuration ethnique au profit des musulmans, selon l’archevêque de Sarajevo. Les catholiques, essentiellement des Croates, qui formaient 15% de la population avant la guerre de 1992, sont actuellement moins de 3%.
L’immigration est un autre phénomène qui reconfigure notre planète. L’équilibre social, culturel et religieux change, ce qui laisse les gens inquiets. Selon un sondage Ipsos réalisé au niveau mondial (juin 2011), 72% des Belges estiment qu’il y a trop d’immigrants chez eux. Notre pays vient ainsi en deuxième place, après la Russie et avant la Grande-Bretagne. Dans tous les pays, la majorité des interviewés estime que l’immigration a un impact plutôt négatif. En Belgique, seuls 9% estiment ce phénomène positif.
Ces mouvements historiques nous échappent et il est difficile d’imaginer la planète de demain, dont l’Europe ne sera certainement plus le centre. Mais dans tous les cas de figure, l’Évangile continuera à nous faire entendre son message universel : va à la rencontre de ton frère, quelles que soient sa race et sa religion… Dans ce monde tel qu’il sera, seronsnous fraternels ? Et fidèles à notre foi ?
Charles DELHEZ
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