Et si derrière le ballon rond se cachaient des enjeux collectifs? Professeur émérite à la faculté de Psychologie et chercheur actif, Bernard Rimé est spécialisé dans l’étude des émotions collectives. C’est dire si un événement de l’ampleur de l’Euro de foot retient son attention.
On l’imagine aisément, la résurgence de l’appartenance nationale est plus vive dans une Belgique en crise. "Le terrain douloureux de ces derniers mois est favorable. L’Euro est vécu comme une opportunité. Il y a une chance de briller quelque peu et de compenser ce que nous avons connu." Paradoxalement, les matchs suscitent un enthousiasme enfantin ou connaissent quelquefois des escalades dramatiques. Parmi les supporters, le chercheur distingue deux types de comportement aux antipodes. "On a affaire à deux cultures. D’une part, des gens qui apprécient le sport et la compétition, connaissent les règles du jeu, sont accompagnés par leur famille et vont au stade pour prendre le plaisir de participer à ce jeu. Et puis, d’autres personnes qui y voient une occasion de déployer des comportements comme le fait de se sentir grands, valorisés, d’avoir la capacité d’écraser un adversaire. Ces deux lectures déterminent des attitudes différentes dans l’approche du sport."
Des enjeux symboliques
"C’est d’abord et avant tout un amusement et un divertissement, derrière lequel des enjeux économiques monumentaux se mettent en place. En plus, il y a la mise en jeu de la fierté nationale. Quand les couleurs du pays sont mises en avant, nous sommes d’autant plus concernés que les groupes auxquels nous appartenons soutiennent la fierté que nous avons de nous-mêmes. Une partie de la confiance que nous avons est détenue par les performances que notre groupe fait. En cas de victoire, le gain de prestige est énorme. La victoire peut apporter des fruits non négligeables pour le bien-être collectif. Inversement, la portée de la défaite n’est pas très importante." On retrouve énormément d’enjeux identitaires. "A l’avant-plan de toute la compétition, il y a, pour chaque pays, son emblème national. C’est un symbole puissant qui résume en quelques couleurs notre éducation, les croyances et préoccupations communes, qui sont bornées par des frontières, des institutions communes, etc." Il est dès lors compréhensible qu’"une vibration collective se déploie", là où les gens se trouvent, que ce soit dans un stade, derrière un écran géant ou une télévision. "Il y a un sentiment d’unisson dans la population, qui renforce la cohésion sociale et entraîne des effets bénéfiques pour la confiance en soi de chaque individu. L’événement collectif a un impact sur chaque individu qui y a participé; celui-ci se prolonge dans les heures, les jours, voire peut-être les semaines qui suivent." La folie du foot n’est pas prête de disparaître!
Angélique TASIAUX

