"Cette Année jubilaire de la miséricorde n’exclut personne". Dans sa lettre à Mgr Rino Fisichella, à propos de l'organisation du jubilé qui débutera le 8 décembre prochain - lettre rendue publique le mardi 1er septembre - le pape François a tenu à montrer la miséricorde est au centre de son pontificat et qu'elle s’adresse à tous, même à ceux qui ne sont pas en communion avec l’évêque de Rome.
A l'occasion de l'Année Sainte et du Jubilé de la Miséricorde, le pape a donc adressé une lettre à Mgr Fisichella, dans laquelle il précisait notamment l’obtention de l’indulgence jubilaire et étendait à tous les prêtres "la faculté d’absoudre du péché d’avortement". La presse généraliste s'est empressée de faire un "raccourci", en titrant sur le fait que le souverain pontife invitait à "pardonner" l'interruption volontaire de grossesse. Ce n'est pas le cas. Comme tous se sont focalisés sur ce sujet, un autre élément a échappé aux observateurs: dans ce même courrier, François fait aussi un geste envers la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X (FSSPX), créée par Mgr Lefèbvre et dont les relations avec le Saint-Siège restent compliquées. Ainsi, le Saint-Père annonce que, durant le jubilé, la confession reçue d’un prêtre de la Fraternité Saint-Pie-X sera "valide et licite". En clair, cela signifie que toute confession auprès d’un prêtre traditionaliste de la FSSPX est valable durant toute la période du jubilé, du 8 décembre prochain au 20 novembre 2016.
C'est une réelle main tendue. Sur le site du journal La Croix, le canoniste français, Emmanuel Tawil estime que le pape clarifie ainsi une situation pastorale et rappelle que «pour qu’un prêtre puisse donner la confession, il doit en avoir reçu la faculté de son évêque, lequel ne peut l’attribuer à un prêtre irrégulier». D’ordinaire, la confession donnée par un prêtre de la FSSPX est considérée par Rome comme ni valide, ni licite. Comme pour le mariage, sacrement qui exige également une délégation de l’évêque. En leur accordant provisoirement la faculté de donner le sacrement de réconciliation, le pape rappelle implicitement la fragilité des autres sacrements que donnent les prêtres de la Fraternité, comme le baptême et l'eucharistie considérés comme valides mais non licites par le Vatican.
La Fraternité Saint-Pie-X exprime sa «reconnaissance»
Le pape précède ces dispositions sur la confession par des précisions sur l’indulgence, qui accompagne traditionnellement chaque jubilé. "Je désire que l’indulgence jubilaire soit pour chacun une expérience authentique de la miséricorde de Dieu", écrit-il. La lettre précise comment cette indulgence est accessible aussi à ceux qui ne peuvent se déplacer jusqu’à une porte sainte prévue par le jubilé. Les cas des personnes malades, âgées ou en prison sont détaillés. Il est aussi possible de prier afin d’obtenir l’indulgence pour les défunts.
Dans sa lettre, le pape invite les fidèles à franchir la «porte sainte» prévue dans chaque cathédrale ou sanctuaire, en unissant ce moment "au sacrement de la réconciliation et à la célébration de la sainte eucharistie par une réflexion sur la miséricorde."
La réaction de la Fraternité Saint-Pie-X n'a pas tardé et on doit s'en réjouir. Dans un communiqué diffusé le jour même, elle a salué le "geste paternel" du pape François. Rappelons que même si les excommunications qui frappaient la FSSPX ont été levées en 2009 par Benoît XVI, la commission pontificale Ecclesia Dei, chargée du dialogue avec les traditionalistes de la FSSPX a précisé en 2012 que "les prêtres de celle-ci n’exercent aucun ministère dans l’Eglise de façon légitime."
Même si on ne peut s'appuyer sur cette réaction pour affirmer que le climat se détend entre Rome et Ecône, on doit voir dans le geste du pape François de ne pas rompre le dialogue mais surtout de donner tout son sens à la miséricorde, dont il tient à marquer son pontificat.
J.J.D.

