Alors qu'on déplore au Pakistan l'arrestation et la conversion de force d'une jeune chrétienne, nous nous souvenons d'Asia Bibi emprisonnée depuis deux ans. Un triste anniversaire.
Ainsi, aux côtés du visage d'Asia Bibi, c'est celui de Farah Hatim qu'il faut désormais ajouter. La jeune infirmière, âgée de 24 ans, a été enlevée et convertie de force à l'islam le 8 mai dernier. Son enlèvement a été dénoncé par la Fondation Masihi, qui soutient les chrétiens au Pakistan.
Rizwan Paul, le président de l'ONG d'inspiration chrétienne "Life for All", indique : "Le Sud du Punjab est un paradis pour les extrémistes. Le nombre de cas de persécution envers des chrétiens est en hausse et de nombreux cas demeurent cachés. Souvent, comme dans le cas de Farah, il existe des complicités au sein de la police et du monde politique et l’injustice prévaut. La haine et la discrimination contre les chrétiens sont très diffuses et les autorités sont pour le moins indifférentes". La police aurait également cherché à arrêter les deux frères de Farah, afin d'intimider la famille et la convaincre d'abandonner les poursuites, tandis que la famille musulmane dans laquelle se trouve désormais Farah continue d'affirmer que la jeune femme a quitté de son plein gré sa famille d'origine.
Mgr Lawrence Saldanha, archevêque émérite de Lahore, qui fut pendant plusieurs années président de la Conférence épiscopale, a commenté l'enlèvement : "La loi n’est pas en notre faveur, les pressions sont fortes sur les chrétiens et sur les fonctionnaires publics", ajoutant "Nous avons connaissance de nombreux cas semblables à celui-ci et de nombreux autres ne sont jamais connus parce que les chrétiens sont menacés et ont peur de s’exposer. Il s'agit de violations flagrantes des droits de l’homme, de la liberté de conscience et de religion".
Les cas de conversions forcées à l’islam, de viols et de mariages forcés augmentent au Pakistan. On en dénombre plus de 700 par an. Les victimes de ces phénomènes sont surtout les jeunes femmes chrétiennes ou hindoues, les plus vulnérables dans la mesure où elles appartiennent à des communautés pauvres, sans défense, marginalisées et donc facilement exposées aux abus, aux menaces et aux violences. Souvent, elles n’ont pas même le courage de porter plainte.
Ce 19 juin 2011, il y a deux ans qu'Asia Bibi est incarcérée malgré le soutien du gouverneur du Penjab et du ministre actuel des Minorités religieuses. Rappelons que le frère du ministre catholique chargé des Minorités religieuses, Shahbaz Bhatti, a été assassiné le 2 mars dernier, à Islamabad. Son meurtre est survenu en pleine controverse sur des velléités d'amendement d'une loi prévoyant la peine de mort en cas de blasphème.
L'Aide à l'Eglise en Détresse (AED) propose de signer une pétition contre la loi anti-blasphème. Pour accéder à cette pétition, cliquez ici.
Dans le contexte pakistanais actuel, une lueur d'espoir toutefois : le Jamiat Ulema-e-Islam (JUI-S) a retiré son recours devant la Cour Suprême, visant à faire interdire la Bible pour son caractère "blasphématoire". Le chef du parti islamique, Sami ul Haq, l'a déclaré le 13 juin dernier, soulignant l’engagement de son parti en faveur de "la solidarité religieuse".
Pour le père Francis Nadeem, responsable du Conseil national pour le dialogue interreligieux, la décision de Sami ul Haq ne doit néanmoins pas être interprétée comme un pas décisif vers l'harmonie interreligieuse. "A la base, le recours était nul et non avenu : personne n'aurait pris la responsabilité d’assurer la défense de cette plainte devant les juges suprêmes, car il est impossible de traduire en justice un livre saint."
AED France/apic/at



