Le 10 mai... une date mémorable pour les aînés: l’invasion de notre pays en 1940. A un mois près, dans un pays lointain, mais cher au cœur des Liégeois, également dévasté par la guerre, la Chine, mourait un missionnaire éminent, le Père Vincent Lebbe.
Il y aura donc 75 ans. Il arriva en Chine comme lazariste en 1901 au lendemain de la sanglante révolte anti-occidentale des Boxers qui, par amalgame, fit des milliers de martyrs parmi les chrétiens. D’emblée, il est déconcerté par le caractère occidental de l’Eglise en Chine: après tant d’années de christianisme dans le pays, il n’y avait pas un seul évêque chinois, toute la hiérarchie catholique était tenue par des non Chinois et, qui plus est, sous le protectorat de la France. Incompris de ses supérieurs et sous la pression des autorités civiles, il est renvoyé en Europe. Avec le soutien du cardinal Mercier, il verra enfin s’accomplir son projet en 1926: l’ordination des six premiers évêques chinois par le pape Pie XI. Dans l’entre-temps, il a pris en charge l’animation des étudiants chinois venus nombreux en Europe. Infatigable voyageur en France et en Belgique, il a établi son «quartier général» à Verviers où il rencontra l’abbé André Boland, vicaire de la paroisse Sainte-Julienne. Celui-ci deviendra le fondateur de la Société des Auxiliaires des Missions, mieux connue sous le terme de la SAM. L’objectif était dans l’esprit du P. Lebbe: des prêtres diocésains allaient se mettre au service des évêques chinois, un peu comme les prêtres «fidei donum» d’aujourd’hui. Les premiers membres étaient presque tous des Liégeois: les abbés de Jaegher, Sohier, Palmers, Renirkens, Magermans et Hanquet… si bien que l’évêque de Liège est le supérieur majeur de la SAM. Parallèlement, le P.Lebbe inspira les Auxiliaires Féminines Internationales (AFI) fondées avec la Liégeoise Yvonne Poncelet. Après l’ordination des évêques chinois, le P. Lebbe repartit pour la Chine pour se mettre au service de l’un d’entre eux. Peu après, appelé à la vie contemplative, il fonda le monastère des Petits Frères de Saint Jean-Baptiste et les Petites Sœurs de Sainte Thérèse, qui existent toujours aujourd’hui en Chine et à Taiwan. «Chinois avec les Chinois», il se mobilisa avec ses petits frères appelés à être brancardiers, dans la lutte contre l’envahisseur japonais, et mourut d’épuisement à Tchoung King en 1940. Le Père Lebbe, sous son nom chinois de Lei Mingyuan, est connu et vénéré de tous les chrétiens de Chine.
Le dimanche 10 mai après la messe de 16h30, nous ferons mémoire du Père Vincent Lebbe au cours d’une célébration typiquement chinoise du culte des ancêtres – interdite par Rome jusqu’en 1939 parce que considérée comme païenne, souvenons-nous de la pénible «querelle des rites» au 17e siècle! Elle sera précédée de l’Eucharistie autour de Mgr Jean-Pierre Delville avec Mgr Ti Kang, évêque émérite de Taipei, et 25 prêtres de Chine continentale, fait unique dans l’histoire du diocèse! Ces prêtres seront en session d’études d’un mois au Collège chinois de Leuven sur des sujets tels que la pastorale, la catéchèse et la doctrine sociale de l’Eglise. Ils seront accompagnés d’une vingtaine d’étudiants chinois. Au préalable, tous se seront rendus à Banneux, répondant avec un peu d’avance au vœu de Benoît XVI et repris par le pape François, à faire du 24 mai, fête de Notre-Dame Secours des chrétiens, la journée mondiale de prière avec les chrétiens de Chine. Ils y vénéreront les lieux majeurs du sanctuaire de la Vierge, venue pour toutes les nations, et dont le premier visiteur évêque était un Chinois, pour terminer à la stèle de la Fraternité d’Eglise Liège- Chine.
Du 4 au 18 mai une grande exposition de l’histoire de la mission en Chine sera présente dans la cathédrale. Outre celle du P.Lebbe, elle évoque surtout la mission des pères de Scheut au nord de la Chine, parmi lesquels 67 étaient originaires du diocèse de Liège, Limbourgeois et Liégeois confondus.
Le diocèse de Liège entretient heureusement des relations privilégiées avec des Eglises locales d’Afrique et d’Amérique latine. La journée du 10 mai ravive les liens exceptionnels qu’elle a aussi eus avec l’Eglise de Chine qui vit, comme on le sait, des temps difficiles. C’est ce à quoi s’est vouée depuis près de 15 ans la Fraternité d’Eglise Liège-Chine, avec les encouragements de notre évêque.
François Dabin
Article paru dans Eglise de Liège de Mai Juin 2015.
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