Le synode pour la famille vient de s'ouvrir ce dimanche à Rome. Le pape François a rappelé les siens à l'essentiel avant des débats qui s'annoncent aussi importants que difficiles.
"1968 et la réception de l'encyclique Humanae Vitae?" "1971 et le débat autour du célibat des prêtres?" "Le concile?" Lorsque face aux divergences affichées par des cardinaux de premier rang concernant la question de l'accès à la communion pour les divorcés remariés, nous interrogeons les vaticanistes, ils remontent loin dans leurs souvenirs pour trouver de tels désaccords publics. Pour autant faut-il s'inquiéter? Et au-delà de ces débats que pouvons-nous attendre du synode qui s'est ouvert ce dimanche à Rome et se tiendra jusqu'au 19 octobre?
Un synode important
Derrière l'intitulé officiel du synode (Les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation) se cachent en effet des questions très complexes et très diverses. Ainsi L'Instrumentum Laboris qui servira de point de départ aux débats et qui a été rédigé à la suite d'un questionnaire envoyé publiquement dans tous les diocèses du monde, fait état du fossé et de l'incompréhension pour beaucoup infranchissables entre l'idéal de la famille proposé par l'Eglise et les réalités vécues par bien des familles.
Pour conseiller le pape, les pères synodaux plancheront donc sur des questions aussi vastes que l'accueil et le soutien des familles dans leur diversité: comment aider, épauler, écouter, conseiller les familles qui le désirent dans les contextes d'aujourd'hui? Quels sont ces contextes? Comment leur expliquer l'idéal que leur propose l'évangile? Pourquoi (et sans doute est-ce là la question fondamentale) l'idéal de la famille que propose l'Eglise est-il conçu "comme un objectif inaccessible et frustrant, au lieu d'être compris comme l'indication d'un chemin possible", se demande L'Instrumentum Laboris?
Une longue étape
L'enjeu est tel, et certaines questions sont tellement délicates, que le pape a souhaité prendre son temps. Après cette première assemblée "extraordinaire" faite de débats et de travaux en commissions, succédera une année de réflexion, avant une nouvelle assemblée "ordinaire" en 2015 et la rédaction, quelques mois plus tard, de l'exhortation apostolique pensée par le pape lui-même.
Parmi les questions délicates, celle concernant l'accès aux sacrements pour les divorcés remariés fait figure de débat emblématique. Très "européenne", cette question attire l'attention de tous les médias. Ira-t-on vers une certaine ouverture (comme le souhaite par exemple le cardinal Kasper)? Sur ce débat certes important qui touche à la pastorale, mais qui interroge aussi la notion de miséricorde et le sens des sacrements, beaucoup de cardinaux se sont opposés, et à travers la réponse donnée, beaucoup tenteront d'accoler au pontificat de François les adjectifs de "conservateur" ou "progressiste". Il serait pour autant réducteur et erroné d'analyser ce synode sous le prisme de ce seul débat.
Car on le sait, les véritables questions se situent bien en amont et se découvrent comme bien plus complexes, profondes et introspectives pour l'Eglise.
Calme, liberté et créativité
"Ne pas brader l’idéal chrétien sur la famille, tout en tenant un discours signifiant pour nos contemporains, confrontés aux contradictions de la vie", voici donc résumé en quelques mots par le père Eric de Beukelaer dans les colonnes de La Libre Belgique, tout le tiraillement de ce synode. Le pape le sait et, dans l'homélie de ce dimanche matin, au-delà de la peur devant de tels débats aussi compliqués, c'est d'abord à la confiance, au calme, à la "liberté", à la "créativité" et à la prière qu'il a appelé les siens. "Nous aussi, au Synode des Evêques, nous sommes appelés à travailler pour la vigne du Seigneur. (...) Nous sommes tous pécheurs, et à nous aussi, peut arriver la tentation de 'nous emparer' de la vigne, à cause de la cupidité qui ne nous manque jamais à nous, êtres humains. (...) Frères, pour cultiver et bien garder la vigne, il faut que nos cœurs et nos esprits soient gardés en Jésus Christ dans la paix qui surpasse tout ce qu’on peut concevoir", comme dit Saint Paul (Ph 4,7). Ainsi nos pensées et nos projets seront conformes au rêve de Dieu: se former un peuple saint qui lui appartienne et qui produise des fruits du Royaume de Dieu (cf. Mt 21, 43)."
Bosco d'Otreppe à Rome

