Un plan d'action pour identifier les jeunes Européens partis combattre en Syrie et les empêcher de commettre des tueries a été adopté à Milan. L'objectif des mesures européennes est de mieux identifier les candidats prêts à s'enrôler, de les signaler aux autres pays de l'UE, de rendre leur départ difficile, de les suivre à leur retour et éventuellement de les appréhender.
Le problème des jeunes Européens partis combattre en Syrie continue de préoccuper les gouvernements de l’Union. Une réunion de travail consacrée à cette menace s’est tenue à Milan, ce lundi 7 juillet, entre les ministres de l'Intérieur de neuf pays (Belgique, France, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne, Italie, Danemark, Suède et Pays-Bas), sous la houlette du Belge Gilles de Kerchove, coordinateur européen pour la lutte contre le terrorisme. Une série de mesures ont été approuvées au cours de cette réunion.
Une série de mesures ont été adoptées, mais n'ont pas été dévoilées pour des raisons évidentes de sécurité. Elles seront soumises aux autres pays de l'UE à la prochaine réunion des ministres de l'Intérieur en octobre. Leur but est de mieux identifier les candidats prêts à s'enrôler pour les signaler aux autres pays de l'Union européenne afin de rendre leur départ difficile, mais aussi de les suivre à leur retour et éventuellement de les appréhender. Une des mesures vise à rendre systématique le contrôle des citoyens de l'UE aux passages aux frontières extérieures et de faciliter les échanges d'informations par le Système d'Information Schengen (SIS) utilisé par les membres de l'espace européen sans frontière. Le Royaume Uni qui, comme l'Irlande n'est pas membre de Schengen, veut néanmoins rejoindre le SIS.
Pour Gilles de Kerckove, "les développements récents en Irak renforcent la nécessité d'agir immédiatement". Il juge que la proclamation d'un "califat" par les jihadistes de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) peut avoir un effet d'attraction pour certains jeunes musulmans européens, a-t-il estimé (voir par ailleurs).
Toutefois, cette surveillance - et les impératifs de sécurité - ne doivent pas se faire au détriment des libertés civiles, afin de ne pas menacer la démocratie, a expliqué le coordinateur européen, pour qui le problème est de formuler les infractions qui permettront de placer les apprentis jihadistes sous le coup d'une procédure judiciaire et d'apporter les preuves que l'infraction a été commise. Le signalement des Européens partis rejoindre le jihad variera dans le SIS de la "mise sous observation à l'arrestation". Rappelons que l'auteur présumé de la tuerie du 24 mai dans le musée juif de Bruxelles, Mehdi Nemmouche un jeune musulman français radicalisé, a séjourné en Syrie pendant près d'un an. Il avait été signalé par les autorités françaises dans le SIS mais sans que son arrestation ne soit préconisée. Les douaniers allemands de Francfort, intrigués par la complexité de son voyage, avaient signalé son retour aux autorités françaises, qui avaient ensuite perdu sa trace. Il avait été interpellé à Marseille (sud de la France) six jours après l'attentat.
D’ores et déjà, le gouvernement français a ainsi mis en place des interdictions de quitter le territoire qui sont introduites dans le SIS. Dans la foulée, le ministre français de l’Intérieur présente ce mercredi un projet de loi visant à renforcer le plan gouvernemental anti-jihad d’avril, et mise notamment sur des interdictions de quitter le territoire aussi bien pour les mineurs que pour les majeurs.
Bart De Wever estime que les autorités locales peuvent aider
En Belgique, le président de la N-VA Bart De Wever a indiqué mardi soir, lors d'une réunion de plusieurs bourgmestres belges et néerlandais à Delft aux Pays-Bas, qu'il plaide pour "la création d'un département belge pour la sécurité intérieure chargé notamment de la surveillance de jeunes partis combattre en Syrie". Il estime que les autorités locales peuvent aider, dans une certaine mesure, à éviter que des jeunes partent vers la Syrie ou l'Irak, mais selon lui, la surveillance des jeunes combattants déjà radicalisés relève des niveaux belge et européen.
Le risque que des anciens combattants commettent des attentats en Europe est en effet réel. "Nous l'avons vécu à Bruxelles et cela ne fait aucun doute que ça se produira à nouveau, les services de renseignement sont formels sur ce point", a expliqué M. De Wever au média néerlandais Nieuwsuur. "Ce n'est qu'une question de temps. En tant que dirigeant local, vous ne pouvez évidemment rien faire contre ça. Nous demandons donc par exemple la création d'un vrai 'Homeland Security Office'" pour identifier ces jeunes combattants et le risque qu'ils représentent".
Le bourgmestre d'Anvers ajoute que les autorités locales auraient aussi un rôle à jouer. "Je peux être les yeux et les oreilles des services de sécurité de mon propre pays et de l'Europe, parce que je sais qui sont ces jeunes", a-t-il ajouté.
Interrogé sur les ondes de La Première (RTBF) au sujet des jeunes qui rejoignent la Syrie, le Grand Rabbin de Belgique, Albert Guigui, a estimé qu’ils ont pour objectif de "détruire nos démocraties". Pour lui, il est plus que temps d'interdire aux jeunes partis faire le djihad à l'étranger de revenir sur le sol européen. Le Grand Rabbin a estimé que "tout ce qui peut permettre de traquer ces terroristes ou djihadistes devrait être mis en œuvre".
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