Gilles de Kerchove: « Près de 2000 djihadistes viennent d’Europe »


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Gilles de Kerchove: « Près de 2000 djihadistes viennent d’Europe »
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
4 min

GillesDeKerchove@UE110524Ils rejoignent en majorité l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL), proche d’Al-Qaeda dont les combattants viennent d’envahir le nord de l’Irak.

Gilles de Kerchove est le coordinateur de l’Union européenne pour la lutte contre le terrorisme. Depuis 2013, son sujet de préoccupation est la multiplication du nombre de combattants venus d’Europe en Syrie pour prendre les armes contre le régime de Bachar El Assad. Nous l’avons rencontré.

La répartition géographique des recrutements de djihadistes en Europe montre que la Belgique est le pays le plus touché proportionnellement par le phénomène. Selon les sources, elle compterait entre 250 à 300 combattants. Comment expliquez vous cela ?

La Belgique a des communautés musulmanes importantes sur son territoire et a laissé s’implanter des sites de recrutement de djihadistes, bien avant le démarrage de la guerre en Syrie. Ainsi, Sharia For Belgium. Le pays a également tardé à mettre en place un programme de prévention par rapport à des pays comme l’Angleterre ou les Pays Bas. Ces programmes de détection et de prévention permettent de repérer grâce à la coopération d’acteurs de proximité, -comme la police locale, les services sociaux, les écoles, les médecins de quartier-, la radicalisation de certains individus. Il s’agit d’un travail difficile car le ‘vrai enragé’ se cache. Cependant la découverte du nombre élevé de combattants venant de Belgique a renforcé l’application de ces programmes de détection, de même que les programmes de réinsertion des combattants qui reviennent. On peut ranger ces derniers en trois catégories : les combattants déçus ou traumatisés qu’il faut réinsérer, les combattants qui viennent faire du recrutement qu’il faut surveiller et les combattants traduits en justice, qui contribuent à casser le sentiment d’impunité.

L’affaire Mehdi Nemmouche, l’auteur présumé de la tuerie du musée juif de Bruxelles à la fin du mois de mai, semble confirmer un nouveau type de djihadisme, le djihadisme individuel. Qu’en pensez vous ?

Je n’aime pas mettre l’accent sur le djihadisme individuel. Certes, il répond à l’appel d’Al-Qaeda qui encourage le djihad individuel, mais qui peut dire que Mehdi Nemmouche a agi individuellement ? Il n’existe pas à ma connaissance d’individus qui agissent complètement seuls, sans avoir établi au moins des connections avec des réseaux djihadistes sur internet. Si l’on prend le cas de Mohammed Merah en France, l’auteur des tueries de Montauban et Toulouse en 2012, on sait qu’il était en contact avec des milieux islamistes et qu’il a fait notamment des séjours en Syrie.

En avril 2013, on recensait environ 600 combattants européens partis combattre contre le régime de Bachar El Assad, en Syrie. Un an plus tard à peine, on parle de 2000 hommes. Sur les 11 000 combattants étrangers recensés en Syrie, -lesquels sont majoritairement originaires des pays arabes-, les Européens forment un ‘bataillon’ important. Comment expliquez-vous cela ?

La Syrie est le théâtre d’un engagement étranger inédit. Ni l’Afghanistan, ni l’Irak des années 2000, ni le Mali n’ont jamais joué ce rôle. Pourquoi ? Je vois au moins trois raisons. La première est que dans le Djihad (la guerre sainte) global, la Syrie et le Levant sont des terres historiques : le lieu où le premier califat des Omeyyades a vu le jour, incarnant un gouvernement islamique idéalisé. La deuxième raison est la cristallisation des combats autour de l’opposition entre sunnites et chiites : cette opposition a été aggravée par l’arrivée en Syrie de combattants sunnites venus du monde entier, qui ont pris les armes aux côtés des opposants syriens et l’arrivée parallèle de combattants venus du Hezbollah chiite libanais qui ont pris les armes aux côtés du régime de Bachar El Assad. La troisième raison qui touche beaucoup les pays européens est la recherche d’une excitation guerrière renforcée par les réseaux sociaux. Certains combattants étrangers arrivés en Syrie ont ainsi pour tâche particulière de faire venir au moins 5 autres combattants d’Europe.

Vers quels fronts se dirigent ces combattants ?

Nous n’avons de données que pour 20% des combattants, mais la majorité d’entre eux rejoignent les groupes radicaux sunnites, comme Jabhat El Nosra ou l’Etat Islamique en Irak et au Levant, dont les combattants sont actuellement entrés en Irak.

Le nord de l’Irak vient de passer sous le contrôle des djihadistes. Cela risque-t-il d’attirer une nouvelle vague de djihadistes ?

Oui, si l’on pense que le rêve d’instaurer un califat est en train de devenir une réalité géographique. On assiste en ce moment à un effacement des frontières entre les Etats, notamment entre la Syrie et l’Irak qui permet d’imaginer la constitution d’un espace politique nouveau qui réunirait les sunnites de tous les pays avoisinants. Cela peut stimuler les départs d’Europe. En revanche, il faut savoir que les combattants djihadistes de l’EIIL sont aujourd’hui secondés par des anciens cadres de Saddam Hussein et certaines tribus sunnites, ce qui en fait un conflit ancré dans la réalité sunnite irakienne et constitue temporairement une limite à l’arrivée de djihadistes étrangers.

Propos recueillis par Laurence D’Hondt

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Catégorie : International

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