Evangile de dimanche : La gloire de Dieu est sa présence qui se manifeste à nous


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Evangile de dimanche : La gloire de Dieu est sa présence qui se manifeste à nous
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
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Christ_and_the_Disciples_in_Emmaus_Follower_of_CaravagioVous avez sûrement remarqué le parallèle (on dit "l'inclusion") entre les deux formules: "leurs yeux étaient aveuglés" (verset 16) et "alors leurs yeux s'ouvrirent" (verset 31); ce qui veut dire que les deux disciples d'Emmaüs sont passés du plus profond découragement à l'enthousiasme simplement parce que leurs yeux se sont ouverts. Et pourquoi leurs yeux se sont-ils ouverts? Parce que Jésus leur a expliqué les Ecritures: "Partant de Moïse et de tous les prophètes, il leur expliqua, dans toute l'Ecriture ce qui le concernait". J'en déduis que Jésus-Christ est au centre du projet de Dieu qui se révèle dans l'Ecriture.

Il ne faudrait pas réduire pour autant l'Ancien Testament à un faire-valoir du Nouveau. Lire les prophètes comme s'ils n'annonçaient que la venue historique de Jésus-Christ, c'est trahir l'Ancien Testament et lui enlever toute son épaisseur historique. L'Ancien Testament est le témoignage de la longue patience de Dieu pour se révéler à son peuple et le faire vivre dans son Alliance. Les paroles des prophètes, par exemple, sont d'abord valables pour l'époque où elles ont été dites.

Il ne faut pas oublier non plus que la lecture qui consiste à considérer Jésus-Christ comme le centre de l'histoire humaine et donc aussi le centre de l'Ecriture est une lecture "chrétienne", les juifs en ont une autre... Nous sommes d'accord entre juifs et chrétiens pour invoquer le Dieu Père de tous les hommes et lire dans l'Ancien Testament, la longue attente du Messie. Mais n'oublions pas que la reconnaissance du Christ comme Messie n'est pas une évidence! Elle le devient pour ceux dont les yeux "s'ouvrent" d'une certaine manière. Et alors leur coeur devient "tout brûlant" comme celui des disciples d'Emmaüs.

Pour que l'amour de Dieu soit manifesté

On aimerait connaître évidemment la liste des textes que Jésus a parcourus avec les deux disciples d'Emmaüs! A la fin de ce parcours biblique avec eux, Jésus conclut: "Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire?" Je m'arrête sur cette formule qui représente une vraie difficulté pour nous car elle se prête à deux lectures possibles. Première lecture dans laquelle nous tombons trop souvent: "il fallait que le Christ souffrît pour mériter d'entrer dans sa gloire". Comme s’il y avait là une exigence de la part du Père. Mais cette lecture est une "tentation" qui trahit les Ecritures; elle présente la relation de Jésus à son Père en termes de "mérite", ce qui n'est nullement conforme à la révélation de tout l'Ancien Testament et que Jésus a développée: que Dieu n'est que Amour et Don et Pardon. Avec Lui, il n'est pas question de balance, de mérite, d'arithmétique, de calcul. Il est vrai que le Nouveau Testament parle souvent de l'accomplissement des Ecritures, mais ce n'est pas dans ce sens-là.

Alors il y a une deuxième manière de lire ce "il fallait que le Christ souffrît pour entrer dans sa gloire": la gloire de Dieu, c'est sa présence qui se manifeste à nous; or Dieu est Amour. On pourrait donc transformer la phrase en "Il fallait que le Christ souffrît pour que l'amour de Dieu soit manifesté, révélé".

Or, je crois que Jésus a donné lui-même d’avance l’explication de sa mort lorsqu’il a dit à ses disciples: "Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime". C’est-à-dire, il fallait que l’amour aille jusque là, jusqu’à affronter la haine, l’abandon, la mort pour que vous découvriez que l’amour de Dieu est "le plus grand amour".

Pour que nous découvrions jusqu’où va l’amour de Dieu, qui est tellement au-dessus de nos amours humaines, tellement impensable, au vrai sens du terme, il fallait qu’il nous soit révélé… et pour qu’il nous soit révélé, il fallait qu’il aille jusque là. "Il fallait" ne veut donc pas dire une exigence de Dieu mais une nécessité pour nous. Dire que les événements de la vie de Jésus "accomplissent les Ecritures", c'est dire que sa vie tout entière est révélation en actes de cet amour du Père, quelles que soient les circonstances, y compris la persécution, la haine, la condamnation, la mort.

La Résurrection de Jésus vient authentifier cette révélation que l'amour est plus fort que la mort.

Marie-Noëlle THABUT - L'intelligence des Ecritures, Editions Artege

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