Les banques actives en Belgique financent des entreprises responsables d’accaparements de terres. Ces politiques d'investissement mettent directement en danger le droit à l’alimentation et l’accès à la terre des paysans.
Un rapport, publié ce 3 décembre 2013 par le CNCD-11.11.11, SOS FAIM, OXFAM, FAIRFIN et le Réseau financement alternatif, fait le point sur l’implication d’institutions financières actives en Belgique dans une série d’activités qui relèvent du domaine spéculatif, que ce soit sur les marchés des matières premières agricoles ou sur les terres agricoles.
Cette étude a pour objet d’analyser, au sein d’une sélection d’institutions financières présentes en Belgique, les mécanismes de soutien qui existent envers quelques-unes des entreprises privées les plus controversées et qui ont été dénoncées publiquement pour avoir racheté massivement des terres à l’étranger et fait l’objet de résistance par les populations concernées. Un premier rapport sur la spéculation financière intitulé "La complicité des banques belges dans la spéculation sur l’alimentation", publié en juin 2013, pointait déjà l'impact de ces politiques d'investissement sur les populations défavorisées du sud.
Le rapport met en lumière que la superficie des terrains fonciers passés en toute opacité de la main des populations locales à celles de spéculateurs internationaux équivaut à 65 fois la Belgique. "(…) parce que les agriculteurs sont expulsés de leurs terres (…) nombreux sont devenus des travailleurs agricoles dans les grandes plantations, habituellement payés au-dessous des salaires de subsistance, et souvent sans protection légale ni sociale (…)", avance Olivier De Schutter, rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation. Ce constat, corroboré par l’étude récente "ommodity Crimes. Illicit land grabs, illegal palm oil, and endangered orangutans" menée par l’ONG Friends of the earth Indonesia, témoigne d’une "ruée mondiale sur les terres" et invite à s’interroger sur les liens étroits qui unissent les secteurs bancaire et agro-alimentaire.
Ce nouveau rapport passe donc au crible les fonds d’investissement d’une dizaine d’institutions bancaires actives en Belgique (BNP Paribas Fortis, Belfius, KBC, ING, Bpost banque, Deutsche Bank, ABN AMRO, Rabobank, AXA et Dexia). Malgré la difficulté d’accès aux informations bancaires, il montre clairement que sept des dix entreprises identifiées comme participant à l’accaparement des terres paysannes (Sipef, Socfin, Wilmar, Bunge, Cargill, Archer Daniels Midland, Daewoo) ont bénéficié de leur soutien puisqu’elles se retrouvent présentes dans différents fonds d’investissement. Nous y apprenons notamment que BNP Paribas Fortis et Deutsche Bank gèrent chacun des fonds qui contiennent des titres sur ces différentes entreprises pour plus de 110 millions d’euros, facilitant ainsi le financement de leurs pratiques inadmissibles!
Outre ces révélations, le rapport pointe du doigt l’inexistence d’une régulation publique et l’inefficacité des outils d’autorégulation mis en place par le secteur financier. Il adresse également une série de recommandations au gouvernement belge: "pour mettre fin aux financements de pratiques d’accaparement de terres, il est indispensable de garantir la transparence sur les mécanismes financiers investissant dans des entreprises coupables de ce type d’activités. Par ailleurs, les autorités publiques doivent renforcer leur cadre de régulation pour éviter ce type d’investissement. Les autorités belges peuvent s’inspirer de diverses initiatives prises à cet effet dans différents pays."
- Le rapport en PDF: RAPPORT_CNCD_12_2013_Les banques en Belgique financent l'accaparement de terres
- Découvrez également une vidéo de la CNCD au ton caustique qui s'intitule “La recette”: https://vimeo.com/80874434
- Ecoutez ci-dessous un extrait de notre rencontre avec Stéphane Desgain, chargé de recherche souveraineté alimentaire au CNCD-11.11.11. Il était l'invité en octobre dernier de l'émission Il était une foi sur le droit à l'alimentation.
MVL/CP
