Opposé à une intervention militaire des Occidentaux en Syrie, le pape François a multiplié, ces dix derniers jours, les initiatives afin de rallier le maximum de personnes à ses options pacifistes. La veillée de prière du samedi 7 septembre a rassemblé quelque 100.000 personnes sur la Place Saint-Pierre.
Un peu comme Jean XXIII en 1962, au moment de la crise des missiles, ou Jean-Paul II lors des guerres en Irak et en Yougoslavie, le pape François mène actuellement une véritable croisade pour la paix en Syrie. Il le fait comme pasteur et comme chef d'Etat. Ce que rechignait à faire son prédécesseur, plus discret sur les questions de politique internationale.
Après avoir adressé, jeudi 5 septembre, une lettre au président russe Vladimir Poutine à l'occasion du G20 et convoqué, le même jour, au Vatican, les ambassadeurs accrédités auprès du Saint-Siège, il a présidé, samedi 7 septembre, une veillée de prière d'environ quatre heures sur la place Saint-Pierre. Devant quelque 100.000 personnes, il a rappelé que "la guerre marque toujours l'échec de la paix", qu'elle "est toujours une défaite pour l'humanité".
Pardon, dialogue et réconciliation
Pressant l'homme à se détourner de la conduite de Caïn qui, dans la Genèse, a tué son frère Abel, le pape a invité "chrétiens, frères des autres religions, chaque homme et chaque femme de bonne volonté", et "jusqu'à ceux qui sont appelés à gouverner les nations", à "sortir de cette spirale de douleur et de mort". Le visage grave, absorbé, le geste sobre, il a ensuite invité chacun et chacune à faire œuvre de "pardon, dialogue et réconciliation", le seul chemin possible pour sortir de la violence.
Le lendemain, devant une foule particulièrement dense, l'évêque de Rome a profité de la prière de l'Angelus pour dénoncer à nouveau les déclarations de guerre à la Syrie. Cette guerre, a-t-il déclaré, implique de dire non "à la haine fratricide, aux mensonges, à la violence sous toutes ses formes, à la prolifération des armes et à leur commerce illégal". Il a également remercié chrétiens et non-chrétiens pour leur vaste participation à la longue veillée de prière à laquelle étaient présents des petits groupes syriens musulmans et chrétiens, et pour la mobilisation dans les églises du monde entier.
Il a, par ailleurs, demandé de prier pour le Liban, afin qu'il "trouve la stabilité désirée et continue à être un modèle de coexistence" entre communautés et religions. Il a aussi cité l'Egypte, "théâtre d'un conflit entre les Frères musulmans et le pouvoir", "afin que tous les Egyptiens, musulmans et chrétiens, s'engagent à édifier ensemble la société pour le bien de la population toute entière". L'Irak, secouée par des attentats très meurtriers, doit faire aussi l'objet des prières des chrétiens, a-t-il ajouté, "pour que la violence sectaire cède le pas à la réconciliation". Il a enfin demandé de s'unir dans la prière "pour le processus de paix entre Israéliens et Palestiniens, pour qu'il progresse avec détermination et courage".
Un appel largement suivi
Le pape François sait que ses interventions sont limitées dans leurs effets diplomatiques, mais qu'elles pèsent sur les opinions publiques, déjà rétives à des frappes occidentales en Syrie. Son appel à la prière et au jeûne a, en tout cas, reçu un large écho international et interreligieux. En Belgique, par exemple, la veillé de prière organisée à la basilique de Koekelberg (Bruxelles), a rassemblé quelque 500 personnes, dont quelques musulmans et de nombreux chrétiens syriens.
Pascal ANDRÉ
