Après un mois d'accalmie très relative, la province du Nord-Kivu, en RDC, traverse à nouveau une période de turbulences. Les récents accrochages entre les Forces armées congolaises et les rebelles du M23, ainsi que les tirs d'obus qui ont touché la ville de Goma, les 22 et 24 août dernier, ont fait réagir l'évêque de la ville, Mgr Théophile Kaboy.
Nommé évêque de Goma en 2010 par Benoît XVI, Mgr Théophile Kaboy Ruboneka, 72 ans, ne décolère pas et lance un appel à la conscience des responsables des affrontements qui endeuillent la région. "Que de vies humaines perdues, de déplacés loin de leurs villages et de leurs champs, massés dans des camps de fortune aux conditions très précaires. Que de violations des droits de l'homme ! Des enfants contraints d'abandonner leur scolarisation, enrôlés de force dans des groupes armés, des filles et des femmes violées ! Bref, la dignité humaine bafouée !", a-t-il déclaré dans une tribune publiée sur le site www.bukavuonline.com, le 24 août dernier. Les deux jours précédents ont, il est vrai, été marqués par des tirs d'obus qui ont fait trois morts, plusieurs blessés et provoqué d'importants dégâts matériels dans la capitale provinciale, ainsi que par de nouveaux accrochages entre les Forces armées de la RDC et les rebelles du M23.
"Nous sommes tous frères"
"Dans ce contexte, il devient difficile de tenir. Rien qu'à répertorier le nombre de milices semant la désolation horrifiante", reconnaît l'évêque. Mais il invite malgré tout le peuple à tenir bon. "Redoublons d'efforts dans la prière pour ne pas tomber dans le piège de ceux qui veulent créer une confusion totale dans la ville en s'en prenant aux paisibles citoyens et à leurs biens. Nous sommes tous frères." Mgr Kaboy recommande donc à toutes les forces vives engagées à prendre au sérieux les résolutions déjà prises pour que la paix revienne. Impliquée dans la gestion du conflit depuis l'accord cadre d'Addis-Abeba, la Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) subit, il est vrai, ces derniers temps, la défiance de la population de la ville qui lui reproche son inaction, mais pas seulement. Le 24 août dernier, une fusillade, qui a fait deux victimes civiles, a eu lieu devant une caserne de la MONUSCO. Selon RFI, des casques bleus uruguayens seraient mis en cause.
Garder son calme
L'évêque de Goma n'est pas le seul à être indigné. Le ministre de l'Intérieur et de la décentralisation, Richard Muyej Mangez, a exprimé, le 26 août dernier, la volonté du gouvernement congolais de mettre fin aux difficultés qu'éprouvent les populations du Nord-Kivu. En vingt ans, le conflit qui s'y déroule aurait fait près de 6 millions de victimes, sans compter les milliers de déplacés. Il a également dénoncé la stratégie du gouvernement rwandais qui, selon lui, ne cesse de poser des actes de provocation et continue de soutenir les rebelles du M23.
De son côté, le maire de Goma, Nasoon Kubuya a demandé à la population de la ville "de garder son calme, de rester serein, de ne pas paniquer, ni de céder à la manipulation ou de commettre des actes de vandalisme, parce que si nous créons des troubles dans la ville, nous risquons de laisser la place à l'ennemi".
Pascal ANDRE

