Avec son physique menu et sa douce voix, on n'imagine pas Franck Andriat explosant de rage. Mais c'est pourtant sous le coup de la colère qu'il a écrit son dernier ouvrage, véritable pamphlet, qui a fait l'effet d'une bombe au ministère de l'enseignement.
[display_podcast]
Dans "Vocation Prof ", publié en 2000, Franck Andriat disait son bonheur d’enseigner. Mais s'il reste ce professeur heureux il est aussi un professeur en colère. Et quand cet amoureux des belles lettres, écrivain prolixe, prend la plume pour exprimer son ras-le-bol, ça déménage !
Dans son nouveau livre paru ce 23 août, "Les profs au feu et l’école au milieu", il décrit en dix commandements cinglants et pleins d’humour, la situation d’un métier dont notre société a de plus en plus besoin et qui, paradoxalement, attire de moins en moins de jeunes.
Au centre des critiques, les pédagogues et les didacticiens à l'origine des maux actuels de l'école qui ne parvient plus à remplir sa mission essentielle, celle d’amener le plus grand nombre à savoir lire, écrire et calculer. Mais qui continuent à imposer leur vision "idéaliste" des choses. "Depuis les années 90, c'est réformette sur réformette. Les professeurs essaient se suivre au mieux mais c'est de plus en plus difficile. J'entends souvent des enseignants autour de moi dire ne plus savoir ce qu'ils doivent enseigner à leurs élèves".
Les élèves sont devenus des cobayes
Franck Andriat y va fort, parlant même de "mérules de l'enseignement" au sein de la fédération Wallonie-Bruxelles. "Je n'ai rien contre les pédagogues en tant que tels", précise-t-il mais je m'insurge contre le fait que les élèves sont devenus des cobayes d'expérimentation et les profs des laborantins", explique-t-il, en ajoutant que malheureusement "ce sont toujours les profs qui sont montrés du doigt".
Citant en exemple le jargon propre de ces pédagogues pour qui est un ballon est "un référentiel bondissant aléatoire", ou bien encore le casse-tête que représente la grille d'évaluation critériée que le professeur doit remplir pour chaque élève, Franck Andriat implore un retour à plus de simplicité.
A celle qui avait cours dans l'école qu'il a fréquentée en tant qu'élève et qui lui a donné le goût de faire ce métier ? Elève puis professeur à l'athénée Fernand Blum de Schaerbeek, Franck Andriat se défend de toute nostalgie mais demande seulement que l'on fasse confiance aux enseignants et qu'on leur rende leur autonomie.
Pour cet homme qui a plus de trente ans de carrière, un bon prof est celui qui sait dialoguer avec ses élèves pas celui qui applique des formules magiques qui n'ont de magiques que le nom et qui sombrent dans la pratique (comme le décret inscription) car chaque école est différente.
Et s'il estime que ce livre est un devoir de colère, écrit après avoir consulté de nombreux confrères et des parents, il ne désespère pas que l'on avance enfin vers le bon sens en vue de recréer une école qui allie clarté, exigence et liberté, et continue de clamer "Vive l'école !".
Pierre GRANIER
« Les profs au milieu et l’école au milieu », de Franck Andriat - Ed Renaissance du livre, 144 pages

