Produire en Asie devient trop cher… Les grandes marques se tournent dès lors vers l'Afrique, à l'image de H&M, le numéro deux mondial du prêt-à-porter, qui a récemment annoncé son intention de délocaliser une partie de ses activités en Ethiopie. Les coûts de production y sont effectivement beaucoup moins élevés.
La Chine est devenue un pays relativement cher pour les entreprises qui veulent produire: depuis dix ans, le coût salarial unitaire a augmenté de 7 à 40% par an, il n'est plus que de 30% inférieur à celui des Etats-Unis, et est désormais supérieur à celui du Mexique ou de la Turquie. De plus, les autorités chinoises ont récemment décidé d'augmenter le salaire minimum afin de doper la consommation intérieure du pays. Des paramètres qui ne sont évidemment pas sans conséquences. Ainsi, bien qu'il ait longtemps concentré 80% de sa production sur le continent asiatique, particulièrement en Chine et au Bangladesh, Hennes & Mauritz (H&M), le numéro deux mondial du prêt-à-porter, a fait savoir qu'il allait étendre son réseau de fournisseurs à l'Ethiopie.
L'Ethiopie, moins chère et plus proche
Si H&M a choisi de s'implanter dans ce pays d'Afrique, c'est évidemment pour des raisons économiques. D'après une étude réalisée par le "Wall Street Journal", "le coût de production d'un vêtement fabriqué en Ethiopie est moitié moins cher qu'un vêtement fabriqué en Chine". Et les chiffres datent de 2011, autrement dit avant la spectaculaire hausse des salaires chinois. De plus, de fait de la plus grande proximité du continent africain avec le marché européen, les délais et les coûts de transport de la marchandise s'en retrouveraient diminuées.
Le géant suédois de l'habillement ne devrait pas se sentir trop seul en Ethiopie. En effet, la première entreprise à s'être installée dans ce pays est… chinoise. Il s'agit du fabricant de chaussures Huaijan, fournisseur des marques Guess et Tommy Hilfiger. L'enseigne britannique Tesco a, elle aussi, délocalisé une partie de sa production dans ce pays qui dispose d'un savoir-faire historique dans le textile, le cuir et la chaussure depuis l'invasion italienne en 1935.
Un sale coup pour la Chine
Ces délocalisations ne sont évidemment pas du goût des autorités chinoises, car H&M est loin d'être un cas isolé. Selon les chiffres d'une étude la chambre de commerce de l'Union européenne à Pékin, une entreprise sur cinq était prête à quitter la Chine en 2012. Les deux tiers d'entre elles citaient la montée des salaires comme principal motif d'inquiétude.
Après l'effondrement d'un immeuble de production au Bangladesh, qui a fait près de 1.200 morts au printemps dernier, H&M est bien conscient que les consommateurs sont de plus en plus sensibles aux conditions dans lesquelles sont produites ce qu'ils achètent. Aussi, la multinationale a-t-elle tenu à rappeler son souci du bien-être humain. "Nous avons fait une analyse des risques pour l'Ethiopie, en nous penchant sur la question des droits de l'homme et de l'environnement", a déclaré une porte-parole de la société suédoise, sans expliquer pour autant en quoi consiste exactement cette étude. Il ne faut effectivement pas oublier que l'Ethiopie compte parmi les pays les plus pauvres du continent africain et que son gouvernement est régulièrement la cible d'Amnesty International.
En tout cas, s'il est question de produire, il n'est en revanche pas question de vendre en Ethiopie pour le moment: déjà présent au Maroc et en Egypte, H&M ne compte pas s'installer ailleurs pour le moment.
Pascal ANDRE
