C’est à toute l’Eglise de l’Amérique latine que l’ancien archevêque de Buenos Aires a voulu consacrer son pèlerinage à Notre-Dame d’Aparecida, le mercredi 24 juillet, à 200 km de Rio de Janeiro. Il s'agit du deuxième sanctuaire marial le plus visité du continent, avec 7 millions de pèlerins par an. Sa dévotion est notamment liée aux souffrances des esclaves noirs du Brésil. Pour s’y rendre, le pape François a sacrifié une journée de repos qui figurait sur l’agenda initial préparé pour Benoît XVI. Il a tenu personnellement à accomplir cet acte de dévotion mariale avant de rejoindre les jeunes.
Dans un message adressé en premier lieu à tous les jeunes catholiques du continent, le pape a remercié la Vierge d'Aparecida, patronne du Brésil. "Quelle joie pour moi de venir dans la maison de la Mère de chaque Brésilien ! J'ai voulu venir ici pour demander à Marie le succès des Journées mondiales de la Jeunesse et pour déposer à ses pieds la vie du peuple latino-américain", a-t-il lancé. "Que de difficultés dans la vie de chacun, dans nos communautés ! Mais aussi énormes que ces difficultés puissent sembler, Dieu ne nous laisse jamais en être submergés".
Résister à la tentation de l'argent et du pouvoir
Durant cette messe à laquelle participaient quelques 200.000 personnes, dont la plupart étaient sous la pluie, le Pape François a exhorté ces mêmes jeunes à se défier des "idoles éphémères", comme l'argent et le pouvoir. "De nos jours, tous, un peu, et nos jeunes aussi, se sentent séduits par beaucoup d'idoles qui se substituent à Dieu et semblent donner l'espérance : l'argent, le succès, le pouvoir, le plaisir. Une sensation de solitude et de vide gagne souvent le cœur de beaucoup et les pousse à la recherche de compensations, de ces idoles éphémères", a-t-il affirmé dans son homélie.
Les jeunes : un moteur puissant pour l'Eglise et la société
Le pape n'a pas manqué d’inviter les pasteurs, les parents et les éducateurs à transmettre aux jeunes les valeurs qui feront d’eux les artisans d’un monde plus juste, plus solidaire et fraternel et à encourager la générosité qui les caractérise. "Ils sont", a-t-il dit, "un moteur puissant pour l’Église et pour la société. Ils n’ont pas besoin seulement de choses, ils ont besoin avant tout que leur soient proposées les valeurs immatérielles qui sont le cœur spirituel et la mémoire des peuples : la solidarité, la persévérance… des valeurs qui trouvent leurs plus profondes racines dans la foi chrétienne."
Reprenant des idées qui lui sont chères, le pape François a ensuite recommandé trois attitudes : garder l’espérance, se laisser surprendre par Dieu, et vivre dans la joie. "Même au milieu des difficultés, Dieu agit et nous surprend", a-t-il lancé. "Le chrétien est joyeux, il ne peut pas être pessimiste !"
Un lieu chargé de souvenirs
Mais le pape François ne pouvait se rendre à Aparecida sans se souvenir de ce que ce lieu représente pour tout l’épiscopat latino-américain et pour lui-même. C’est là que s’est déroulée en 2007 la V° assemblée générale de l’épiscopat d’Amérique latine et des Caraïbes, inaugurée par Benoît XVI. A l’époque, le cardinal Bergoglio avait participé activement à la rédaction du document conclusif de cette assemblée où il avait fait forte impression. Un texte majeur, au fort contenu social et politique, visant à redonner un élan d’évangélisation au continent, marqué par l’influence et la pensée du futur pape. C'est là aussi que ce dernier a découvert l'importance de la piété populaire.
Le modèle proposé invite à sortir de l’enclos d’une Eglise autosuffisante pour atteindre toutes les périphéries humaines, surtout dans les grandes mégapoles, et souligne l’option préférentielle pour les pauvres.
Un retour possible en 2017 ?
"Priez pour moi afin que je revienne ici en 2017“, a-t-il lancé depuis la loggia de la basilique d’Aparecida. Cette petite phrase semble indiquer que le pape pourrait ainsi revenir au Brésil pour fêter le 3e centenaire de la découverte de la petite statue de la Vierge. Celle-ci a été recueillie en 1717 par trois pêcheurs dans les eaux du fleuve Paraïba.
P. A. et M. H. (avec Radio Vatican et La Croix)

