Allez vite ! C’est, semble-t-il, la volonté des élus de la nation pour que soit votée le projet de loi sur l’élargissement de l’euthanasie aux mineurs et aux personnes atteintes de maladies mentales dégénératives. Objectif : aboutir peu avant les vacances parlementaires. Mais qu’en est-il du débat démocratique ?
S’il est sujet controversé et qui pose question, c’est celui de l’extension de la loi sur l’euthanasie. Depuis des mois, ce projet est en discussion au Parlement et il apparaît que certains élus trouvent que les débats durent depuis trop longtemps. Leur souhait est donc d’accélérer les choses. Le mercredi 19 juin, le Sénat se réunit en commission pour fixer l'ordre de ses futurs travaux, avec comme objectif avoué d’obtenir un vote en session plénière avant les vacances parlementaires, soit un peu avant la fête nationale.
Un vrai débat est nécessaire
On le sait, cette période est hélas souvent propice au « passage en force » de certains projets de loi, qui sont habilement proposés peu avant la période des vacances, où les députés, comme chacun d’entre nous, ont hâte de prendre du repos. On l’a déjà constaté dans le passé : les textes sont adoptés dans un hémicycle souvent peu complets, voire quasi désert, donc sans discussion.
Bien évidemment, tous les sénateurs ne sont pas d’accord. Le CD&V est prêt à soutenir des modifications à l’actuelle loi, mais pas pour les enfants de moins de 15 ans. DE son côté, le CDH est opposé à l’extension de la loi, rappelant aussi que les questions éthiques ne sont pas reprises dans la déclaration gouvernementale du gouvernement Di Rupo. En clair, pour les élus centristes francophones, pas question que la majorité fasse bloc derrière la loi. Or, comme les socialistes et les libéraux, tant flamands que francophones, sont en faveur du projet, il est question de trouver une majorité alternative au Parlement pour obtenir le nombre de voix nécessaires à l’adoption du projet de loi, en se tournant vers la N-VA et les écologistes.
Disons le clairement : si cela devait se passer ainsi, cela ne serait pas très gratifiant pour la classe politique. Car, au-delà du débat d’idées, c’est d’un enjeu de société dont on discute. Quelle société voulons-nous avoir ? Et quelle attitude voulons-nous adopter face à la mort et à la souffrance ? Doit-on briser le lien social et la solidarité ? Su des sujets aussi essentiels, il faut impérativement qu’un vrai débat s’installe car les grands débats éthiques qui animent la société moderne doivent laisser à chacun la possibilité de s’exprimer.
A cet égard, l’Eglise et les chrétiens ont leur mot à dire, sans adopter une attitude de combat, mais aussi sans tiédeur. Rappelons qu’en avril dernier, la Conférence épiscopale a fait part de sa position sur ce sujet dans un document au titre interpellant : « Peut-on euthanasier le lien social ? Lorsque la dépénalisation de l’euthanasie a été votée en 2002, les évêques belges avaient déjà exprimé leurs plus vives réserves par rapport à cet acte, se prononçant formellement pour les soins palliatifs. Maintenant qu’il est question d’étendre la loi aux mineurs et personnes démentes, ils montrent combien le choix de la mort est un enjeu crucial pour la société. Les évêques belges ont appelé le législateur à trouver une autre voie, sous peine « d’euthanasier le lien social ».
Quelle majorité ?
Autre réaction : celle de médecins catholiques. La Société Médicale belge de Saint-Luc a rédigé une motion "Contre la banalisation de la mort en Belgique", s’interrogeant ainsi : « Allons-nous déraper vers des situations où un adolescent avec un diabète du type I trouve à un certain moment que sa qualité de vie devient insuffisante et qu’il puisse demander une euthanasie? ». Pour lui, la notion de qualité de vie est extrêmement subjective. Il en va de même pour la notion de souffrance, "non mesurable".
Majorité ne signifie pas accord
Bien sûr, on rétorquera que si une majorité se dégage au parlement, c’est finalement le choix du peuple puisque c’est lui qui élit ses représentants. Oui… à condition que le sujet dont il est question ait été clairement évoqué lors des campagnes électorales. Et ce n’est pas le cas. Ce l’est d’autant moins, que le projet n’est pas au programme du gouvernement. Alors, nos élus peuvent-ils décider seuls de débattre en commission d’un sujet aussi grave ? Sans véritable débat ? Une majorité alternative a-t-elle décemment le droit de se rassembler pour faire passer la loi, sans savoir si les électeurs la soutienne ?
Il faut donc un sursaut ! L ’engouement des parlementaires n’est pas partagé par tous les citoyens. Peut-être ce sursaut est-il possible via le site www.euthanasiestop.be lancé par un collectif de professeurs d’universités, de professionnels de la santé et de juristes de tous les coins du pays et de divers horizons philosophiques. Ce site est ouvert à tous ceux qui souhaitent faire entendre une voix discordante. Ses promoteurs – parmi lesquels figurent, le Grand Rabbin de Bruxelles Albert Guigui, l’Iman Brahim Bouhna, le chanoine Eric de Beukelaer, et tant d’autres - pensent, à juste titre, qu’un débat aussi crucial pour l’avenir de la médecine et de la société ne peut être confiné dans l’enceinte d’une commission parlementaire !
Jean-Jacques Durré


