Les vacances des prêtres : entre période d’introspection et « service de garde »


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Les vacances des prêtres : entre période d’introspection et « service de garde »
Le père Jean-Marc Abeloos, un passionné de montagne (DR)
Par Laurence D'Hondt
Publié le
5 min

A la montagne ou de retour au pays, les prêtres restent prêtres même en vacances. Comme des médecins auprès de leurs patients, les curés sont aussi de "garde".

Un prêtre en vacances ? C’est un peu comme si une mère se mettait en vacances de ses enfants. Une incongruité, voire une impossibilité. “Un curé prend du recul, il va parfois dans des familles mais il reste ce qu’il est, c’est à dire un homme en relation avec le Christ”, témoigne le père Yves Dresse, longtemps doyen de Grez-Doiceau-Beauvechain qui comprend 13 paroisses. Les vacances d’un mois autorisées par l’église ne sont pas toujours synonyme d’un voyage à l’étranger ou d’une “fugue” comme dit encore Yves Dresse. Il s'agit plutôt d'un moment ‘vacant’ pour faire le point sur sa vie en suspendant ses activités régulières, tout en restant soi-même. Soi-même ? “Oui, un baptisé, veilleur auprès de personnes qui ont besoin d’écoute”.

“Nous restons prêtres”

Tout au long de l'année, le père Yves Dresse, à la retraite aujourd’hui, reçoit dans la maison d’accueil Synclinal une ou deux personnes, 3 weekends sur 4. Cet accueil se développe en trois volets: la vie spirituelle, les projets de vie et la vie affective. “Nous recevons des pères avec leur fils, des hommes seuls, des mères épuisées”, raconte-t-il. "Cette activité je la mets en pause durant l’été. Mais cela ne veut pas dire que je ne reste pas disponible”. 

Lorsqu’il était curé, ses vacances se déroulaient souvent auprès d’une famille ou l’autre qui l’invitait à passer quelques jours, mais il ne s’absentait pas longtemps, - disponibilité oblige. Cette disponibilité est peut-être aussi le mot qu’utiliserait le père Serge Maucq, curé de la paroisse Notre-Dame d'Espérance à Louvain-la-Neuve. Une disponibilité allégée de la contrainte des activités liées à l’année scolaire: groupes de catéchèse, groupes de réflexions, lecture de l’Evangile… Cela permet d’approfondir les relations à soi et aux autres.

En juillet le prêtre louvaniste a rejoint pendant une semaine, un curé français, qu'il aide dans sa paroisse de Guérande (en Loire-Atlantique). Un ami ? “Oui, par Facebook”, reconnait-il. “Nous avons commencé à échanger et avons découvert que nous partagions la même sensibilité sur différentes questions. Il est débordé en été car sa paroisse est dans un lieu où les estivants sont nombreux”.

"Nous ne dormons que d'un oeil..."

Au mois d’aout, il ira quelques jours à l’abbaye d’Orval, un lieu où il se rend plusieurs fois par an. Il aime son calme et en profite pour dormir et lire. “Mais vous savez, nous les prêtres ne dormons que d’un oeil, comme les hippopotames. Il y a toujours une urgence, des funérailles, quelqu’un qui a un besoin immédiat”, rappelle-t-il. Pour le père Yves comme pour le père Serge, il y a le souci de rester vigilant, de faire des “gardes” comme dans un hôpital.

“Il y a autant de vacances que de prêtres”, conclut Serge Maucq. “Certains vont à la montage, d’autres aiment nager. Certains partent entre prêtres, d’autres rejoignent des familles. Mais nous ne sommes pas employés dans une entreprise. Si nous nous absentons territorialement, nous restons prêtres."

Retour au village natal

Pour les prêtres africains, l’absence territoriale peut être plus longue: à l’occasion d’un retour dans le pays. Le père Ahoua, curé-doyen de Neufchateau dans le diocèse de Namur, ira comme chaque année en Côte d’Ivoire, dans son ‘village’ natal. Selon le code canonique, prendre “une période de vacances convenable et suffisante” est une obligation. Une obligation à laquelle il peut ajouter des jours de retraite spirituelle. Cette année le père Ahoua fêtera ses 30 ans de sacerdoce. “Le 2 aout le matin, il y aura une cérémonie à 9h30. Tout est déjà prévu en collaboration avec le curé de là-bas”, explique-t-il. "Nous avons déployé des tentes et des bâches à l’extérieur de l’église.”

L’église de son village ne contient que… 2.000 places environ, et le père Ahoua attend 5.000 personnes! Ce qu’il appelle son ‘village’ n’est autre que la ville de Bonoua, au nord-ouest de la capitale Abidjan. Elle compte près d’un million d’habitants….“Ma vie là-bas est une vie d’extrême sociabilité. Il y a la famille, les parents, les fidèles, la découverte d’autres lieux de prière, et aussi le tour des activités agricoles ou industrielles qui marchent”. C’est un peu “le jour et la nuit” comme il dit, s’il la compare à sa vie à Neufchateau. Le père Ahoua se souvient encore du choc de son arrivée à Bièvre dans le diocèse de Namur en 2010. “Quand je suis arrivé, on m’a donné la clé  du presbytère", raconte-t-il "et quand j’ouvre la porte, je ne trouve rien à l’intérieur ! Même pas un lit."  

En accord avec le vicaire général

Aujourd’hui à la tête de quelque 26 paroisses, le père Ahoua considère désormais Neufchateau comme le lieu de son sacerdoce et il en prend toute la charge avec enthousiasme et une chaleur humaine qui a conquis le cœur des paroissiens de la région. Chaque année avant l’été, il consulte les prêtres de son doyenné afin de programmer les vacances de chacun en accord avec le vicaire général. “Nous avons fait en sorte qu’aucune messe ne soit supprimée”, explique le père Ahoua, qui assure qu’un curé en remplacera un autre durant tout l’été. C’est une exigence qu’il se donne afin de rester au service de la communauté, quoi qu’il arrive.

L’été fragilise

Avec un personnel toujours plus restreint et des églises qui se vident durant cette période, l’organisation des vacances pour les curés peut devenir compliquée. “Autrefois nous avions une dizaine de communautés religieuses à Louvain-la-Neuve, explique le père Serge Maucq, aujourd’hui il n’en reste qu’un quart”. Dans sa paroisse, il était possible de compter sur la présence de la communauté jésuite pour assurer des remplacements durant l’été, mais cette dernière quitte Louvain la Neuve cette année. “Notre chorale continue cependant toute l’année”, souligne-t-il, non sans fierté.

Reste que les vacances mettent en exergue certaines fragilités structurelles qui peuvent se révéler épuisantes à surmonter. Ainsi le père Emmanuel, ancien curé de la paroisse de Linkebeek ne prendra tout simplement pas de réelles vacances cette année…

Laurence D'HONDT

Catégorie : Eglise Belgique

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