Un jeune homme originaire de Steffeshausen, dans le diocèse de Liège, a été ordonné prêtre dans la Fraternité Saint-Pie X à Écône, en Suisse, le 29 juin. Son évêque, Mgr Jean-Pierre Delville, lui répond par la prière et le dialogue, au moment où les consécrations épiscopales du 1er juillet accentuent la rupture avec Rome.
Repères
- 29 juin 2026 – Ordination de l'abbé Vincent Richter, originaire de Steffeshausen (diocèse de Liège), au séminaire FSSPX d'Écône.
- 1er juillet 2026 – Consécration de quatre évêques de la FSSPX sans mandat pontifical, par Mgr de Galarreta et Mgr Fellay.
- Le point de rupture – Le refus de textes de Vatican II (liberté religieuse, œcuménisme) davantage que la liturgie en latin.
- FSSPX ≠ FSSP – La Fraternité Saint-Pierre célèbre aussi l'ancien rite (Herstal, Verviers) mais reconnaît le concile.
Vincent Richter, originaire de Steffeshausen, dans la partie germanophone du diocèse de Liège, a été ordonné prêtre par la Fraternité Saint-Pie X le 29 juin, en la solennité des saints Pierre et Paul, au séminaire d'Écône. Mgr Jean-Pierre Delville, évêque de Liège, en a été informé. Sa réponse publique n'a rien d'une mise au ban.
Que répond l'évêque de Liège à cette ordination ?
Mgr Delville assure le nouveau prêtre de sa prière et l'encourage à suivre le Christ dans sa future mission au Brésil. L'évêque de Liège ne prononce ni blâme ni excommunication. Il choisit un registre rare dans ce type de situation : celui de l'encouragement adressé à un homme qu'il considère comme un disciple de l'évangile.
L'abbé Richter, écrit-il, est invité à servir le Christ "en authentique disciple de l'évangile". Le ton tranche avec la fermeté que l'on pourrait attendre face à une ordination conférée hors de la communion avec Rome. Là où d'autres rappelleraient d'abord la sanction canonique, l'évêque de Liège pose un acte de bénédiction.
Pour Mgr Delville, la fidélité à la Tradition est dynamique
Pour situer cette ordination, l'évêque de Liège convoque saint John Henry Newman (1801-1890), théologien anglais que le pape Léon XIV a proclamé docteur de l'Eglise le 1er novembre 2025. Selon Mgr Delville, la dissidence lefebvriste repose sur un malentendu : confondre la fidélité à la Tradition avec son immobilité. Or, à la suite de Newman, l'Eglise "change pour rester la même".
Le docteur de l'Eglise, titre que le pape réserve à un saint dont l'enseignement a marqué durablement la doctrine catholique, écrivait dès 1845 que "ici-bas, vivre c'est changer, et être parfait, c'est avoir changé souvent" (Essai sur le développement de la doctrine chrétienne). Pour Newman, la doctrine chrétienne n'attend aucune révélation nouvelle : elle se développe, faisant apparaître des éléments restés latents. C'est cette tradition vivante que Mgr Delville oppose à un attachement figé au passé.
Pourquoi les consécrations du 1er juillet accentuent la rupture
En consacrant quatre nouveaux évêques sans l'autorisation du pape, ce 1er juillet 2026 à Écône, la Fraternité Saint-Pie X franchit un cap. Le droit de l'Eglise exige pour toute consécration épiscopale un mandat pontifical (canon 1013) ; s'en passer expose les évêques consécrateurs comme consacrés à l'excommunication. Mgr Delville y voit une dissidence accentuée, sans pour autant fermer la porte.
Les quatre prêtres concernés seront consacrés par Mgr Alfonso de Galarreta, assisté de Mgr Bernard Fellay, l'un des derniers évêques sacrés par Marcel Lefebvre. La Fraternité présente ce geste comme un service rendu aux âmes, non comme la revendication d'une autorité parallèle. Rome y lit l'inverse : un acte qui fige durablement la séparation ouverte en 1988.
FSSPX et Fraternité Saint-Pierre : deux traditionalismes à ne pas confondre
La rupture entre Rome et la Fraternité Saint-Pie X ne tient pas d'abord à la messe en latin, mais au refus de plusieurs textes du concile Vatican II (1962-1965) : la liberté religieuse, l'œcuménisme, le rapport aux autres religions. À Steffeshausen, la FSSPX dessert une église qu'elle a elle-même fondée. Elle se distingue de la Fraternité Saint-Pierre, qui célèbre elle aussi selon l'ancien rite, à Herstal et à Verviers, mais reconnaît l'enseignement du concile.
Cette distinction est essentielle pour qui veut comprendre le paysage traditionaliste en province de Liège. Deux communautés, une même liturgie ancienne, mais un rapport opposé à Rome : l'une en pleine communion, l'autre dans la dissidence.
Reste la ligne que l'évêque de Liège tient jusqu'au bout. La dissidence, écrit-il, "ne nous empêche pas de rechercher le dialogue avec elle, de nous interpeller mutuellement et d'établir des relations fraternelles." Les sacres du 1er juillet diront s'il reste un espace pour ce dialogue.

