Entre fondamentalisme et relativisme : comment comprendre que le Christ est LA vérité ?


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Entre fondamentalisme et relativisme : comment  comprendre que le Christ est LA vérité ?
Par Christophe Herinckx
Journaliste de CathoBel
Publié le
6 min

Avec l’insécurité qu’entraîne la multiplication des fausses informations, on assiste aujourd’hui à une quête renouvelée de la vérité. Comment, entre relativisme et fondamentalisme, chercher et trouver la vérité? Si, pour la foi chrétienne, la Vérité qu’est Dieu s’est pleinement révélée en Jésus Christ, elle demeure néanmoins un mystère insondable.

Qu’est-ce que la vérité?" Cette célèbre question de Pilate (Jn 18,38), marquée de scepticisme dans son cas, l’humanité se la pose depuis ses origines, traduisant une quête fondamentale. Les réponses à cette interrogation varient à l’infini, qu’elles soient d’ordre scientifique, philosophique, morale, religieuse… Au cours de l’histoire de l’humanité, aucune réponse n’a épuisé la question. Au contraire, chaque réponse semble la relancer.

En Occident, à partir du XVIe siècle, la philosophie s’est détachée de la théologie. Aux siècles suivants, les sciences naturelles se sont à leur tour émancipées de la philosophie, en se spécialisant toujours davantage. Avec pour conséquence une diversification de la vérité: outre la vérité religieuse ou philosophique, chaque science tente d’approcher des vérités particulières à partir de sa méthode propre. Les physiciens cherchent à comprendre les lois qui régissent la matière, les historiens cherchent à établir la vérité des faits historiques, les sciences littéraires, la vérité d’un texte, etc.

Vérité objective et "dictature du relativisme"

Progressivement, une distinction va s’opérer entre, d’une part, les vérités objectives, démontrables par les sciences naturelles et, d’autre part, les vérités considérées comme relatives, parce que dépendant largement de la subjectivité des personnes. On va ainsi en arriver à considérer que les lois morales n’ont aucun fondement objectif, mais que chacun possède sa propre vérité en la matière, qui ne peut dès lors faire l’objet d’aucune argumentation décisive. Il en ira de même pour les vérités philosophiques et religieuses: "à chacun sa vérité", dès lors indiscutable, incontestable puisque, sans fondement objectif, chaque vérité morale ou religieuse en vaut une autre.

Face à cette évolution, qui a atteint son apogée au siècle dernier, le pape Benoît XVI a régulièrement dénoncé ce qu’il va finir par appeler la "dictature du relativisme", "qui ne reconnaît rien comme définitif et qui ne laisse comme ultime mesure que son propre moi et ses désirs" (homélie prononcée le 18 avril 2005, la veille de son élection au souverain pontificat). Pour le pape-théologien, le relativisme qui renonce à toute vérité objective finit par mettre en danger la vie sociale, car on n’est plus capable de reconnaître un bien commun. Et le débat démocratique se réduit alors à des rapports de force.

Une nouvelle quête de la vérité

Ce discours, on le sait, a été fortement décrié en Europe occidentale. On y percevait un relent de "théocratie", au sens où l’Eglise voudrait à nouveau imposer "sa" vérité comme référence obligatoire pour toute la société. Or, vingt ans plus tard, la situation a changé. Parmi d’autres, on peut relever deux phénomènes qui modifient profondément (une fois encore) notre rapport à la vérité. D’un côté, la multiplication des fausses informations, notamment sur les réseaux sociaux. La manipulation des faits au profit des intérêts de quelques-uns nous permet de comprendre que la réalité ne peut être une "variable d’ajustement", et que les "fake news" menacent effectivement nos démocraties. Comme l’écrivait la philosophe Hannah Arendt, citée dans l’encyclique Magnifica Humanitas de Léon XIV, le totalitarisme peut advenir lorsque, pour les personnes, "la distinction entre fait et fiction (c’est-à-dire la réalité de l’expérience) et la distinction entre vrai et faux (c’est-à-dire les normes de la pensée) n’existent plus" (cf. The Origins of Totalitarianism III, p. 474).

D’un autre côté, l’insécurité et l’anxiété que provoquent ces confusions, notamment chez les jeunes en quête éperdue de sens, se traduisent dans une recherche renouvelée de la vérité. Avec, d’ailleurs, le risque d’un nouveau genre de fondamentalisme, marqué par le repli identitaire sur une vérité fermée, fixée une fois pour toutes. Risque auquel répond d’ailleurs le pape Léon: "il ne s’agit pas avant tout d’occuper des espaces de pouvoir ou de défendre des bastions culturels, mais d’engager des processus de bien et de les laisser mûrir. Ainsi, la vérité de l’Evangile ne s’impose pas d’en haut, mais grandit au fil du temps, au cœur de l’articulation concrète de la vie, des communautés et des cultures. C’est une vérité qui ne craint pas la diversité, mais l’accueille et l’ordonne" (Magnifica Humanitas, n°25).

Vérité à la fois absolue et relative

"Qu’est-ce que la vérité?", demandait donc Pilate, et comment la trouver? Il n’y a pas de réponse simple à ces questions, mais on peut partir de cette proposition: la vérité, c’est d’abord la réalité, telle qu’elle est. Ce qu’est l’univers, ce qu’est l’humain, ce qu’est une situation donnée. Tout ceci ne dépend pas de nous. En ce sens, la réalité, la vérité des choses, peut être dite objective, voire absolue. Par contre, notre connaissance de la réalité, de la vérité, n’est jamais absolue, elle est toujours relative, parce que toujours susceptible de progrès. C’est le cas des vérités scientifiques, qui ne sont jamais définitives. Le savoir est aussi relatif au sens où il se construit à travers les relations des uns avec les autres. Aucun scientifique, aucun philosophe, aucun théologien ne peut prétendre tout savoir dans son domaine de recherche…

Une vérité inépuisable

La vérité nous précède toujours, elle nous dépasse toujours, et elle est toujours devant nous. Et si elle est à conquérir, elle est également à accueillir. Car lorsqu’on la questionne, il y a toujours un moment où on fait l’expérience qu’elle se dévoile à nous. C’est particulièrement le cas des vérités religieuses et spirituelles. La foi chrétienne est une religion de révélation. Pour le christianisme, Dieu, qui est la vérité ultime de toutes choses, peut certes être approché par l’intelligence de l’humain, mais ne peut être vraiment connu que parce que Dieu Lui-même se donne à connaître. Non seulement, et pas principalement, de façon conceptuelle, mais au sens d’une connaissance intime, dans une relation avec l’humain. Pour les chrétiens, cette auto-révélation de Dieu s’est définitivement accomplie en Jésus-Christ, le Verbe de Dieu fait humain. En en se dévoilant, Dieu révèle également pleinement l’humain à lui-même. 

Quant à la réponse à la question de Pilate, elle est déjà contenue dans cette déclaration de Jésus à Thomas: "Je suis le chemin, la vérité et la vie" (Jn 14,6). Et à Philippe, il dit: "Celui qui m’a vu a vu le Père" (Jn 14,9). En Jésus, Dieu se dévoile pleinement, mais comme… l’inconnaissable par essence. C’est pourquoi même le dogme qui, selon la compréhension de l’Eglise, ne contient pas d’erreur, ne peut épuiser la Vérité de Dieu, dont l’éternité elle-même ne pourra suffire à comprendre le Mystère.

Christophe HERINCKX

Catégorie : Sens et foi

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