Roman belge : La longue nuit de l’exil


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Roman belge : La longue nuit de l’exil
Par Angélique Tasiaux
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

La nuit est encore longue est un roman original, truffé de listes en tous genres, qui parcourt les années d’exil d’une fratrie nombreuse venue d’Iran en Belgique. 

L’auteur Philippe Blasband est né en Iran. Son nouveau roman fourmille d’observations sur l’ancienne Perse. Il interroge aussi le sort des réfugiés dont les conditions de vie basculent irrémédiablement, dans une forme d’ébahissement prolongé. La précarité envahit alors ces existences, pourtant promises à des carrières de notables. 

Publié en janvier de cette année, La nuit est encore longue pose des constatations qui semblent prémonitoires : "Les religieux ne sont pas les naïfs pittoresques que tu me décris, loin de là. Ils ont goûté au pouvoir et ne lâcheront plus jamais ce pouvoir."

Dans ce roman virevoltant, la narratrice ne cesse d’établir des listes à propos de tout ce qui lui passe par la tête. Du plus anecdotique au plus vital. C’est ainsi qu’elle dresse celle de ses "neuf principaux souvenirs de la famille Manoutcheri". Ces frères et sœurs exilés en Belgique, dès la fin des années 1970. "(…) nous partagions, eux et moi, tout un fatras de petits détails de Téhéran"

A travers le regard de Soheila Pirouzfar, c’est une analyse anthropologique qui est livrée sur l’existence de ces enfants de bourgeois dont l’exil en Belgique va s’éterniser, contre leur propre attente. Arrivés pour leurs études, puis devenus réfugiés politiques, ils ne peuvent retourner en Iran après la révolution islamique.

Un récit de l’intérieur

La nuit est encore longue fourmille d’anecdotes sur le mode de vie iranien, soulignant les différences d’usage et de culture entre les peuples belge et iranien – un pays où la société est "divisée en micro-strates" qui ne peuvent se mélanger. Exemples choisis : "En Iran, la différence d’âge et le droit d’aînesse ont gardé beaucoup plus d’importance qu’en Belgique." Pour dire non, il faut lever la tête vers le haut, "pas trop, sinon cela aurait l’air méprisant". Et lorsqu’on reçoit un cadeau, ne pas l’ouvrir avant le départ de celui qui l’a offert. Les repas se prennent tantôt à table comme des Occidentaux, tantôt assis à même le sol. Par ailleurs, des règles "formelles et informelles" régissent la période de deuil prescrite entre le décès d’un membre d’une famille et le mariage d’un autre, alors que le tarof "règle les petits détails de la politesse quotidienne iranienne".

Avec son histoire millénaire, la Perse regorge de légendes et de mythologies. Philippe Blasband s’empare, lui, de bribes d’histoires racontées par ses personnages. Des histoires dont le début et la fin échappent, à chaque fois, au lecteur. Le procédé pourrait lasser, il ouvre la porte à l’imagination.

Le mot de la fin revient à la tante Niloufar : "Les Belges sont tout gentils, si modestes. Ou en tout cas, ils ont l’air comme ça." Mais gare aux apparences !

Angélique TASIAUX

Philippe Blasband, La nuit est encore longue. Les Impressions Nouvelles, 2026, 304 p.

Catégorie : Culture

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