Du samedi 6 au vendredi 12 juin, le pape Léon XIV sera en Espagne. Son voyage commencera dans la capitale Madrid, se poursuivra à Barcelone et s’achèvera aux îles Canaries. Cathobel est déjà allé prendre la température sur place.
La principale raison de ce voyage pontifical en Espagne est le centenaire de la mort de l’architecte Antoni Gaudí, célébré le 10 juin. Ce jour-là, Léon XIV se rendra à Barcelone pour visiter la Sagrada Familia, y célébrer l’Eucharistie et bénir l’une des tours de cette église devenue la plus haute du monde. Le même jour, il se rendra également à la célèbre abbaye bénédictine de Montserrat. Puis, les 11 et 12 juin, le pape se rendra à Gran Canaria et à Tenerife. Sur ces îles, l’accent sera mis sur les migrants et les réfugiés. L’Espagne en accueille de très nombreux, venus d’Afrique et d’Amérique latine. Contrairement à beaucoup d’autres pays de l’Union européenne, le pays ne construit pas de hauts murs et ne cherche pas, par tous les moyens, à expulser les nouveaux arrivants. Au contraire, le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez a lancé une grande campagne de régularisation des personnes sans papiers.
Une mini-version des JMJ
Le voyage du pape commencera cependant dans la capitale par les visites classiques au roi, aux autorités politiques, aux représentants de la société civile – y compris les milieux culturels et sportifs – ainsi qu’à ses confrères augustins. "Pour l’instant, les générations plus âgées ne manifestent pas encore beaucoup d’enthousiasme pour cette visite, même s’il faut reconnaître que la popularité du pape dans notre société a fortement augmenté après son voyage en Afrique et ses déclarations marquantes là-bas. Depuis lors, l’intérêt et la curiosité ne cessent de croître", explique-t-on dans la paroisse carmélite de Madrid. "Ce sont surtout les nouveaux mouvements religieux et les jeunes qui se mobilisent pour la visite du pape. Ils considèrent cet événement comme une mini-version des Journées mondiales de la jeunesse", ajoute-t-on.
Une veillée de prière avec ces jeunes est d’ailleurs prévue dès le samedi soir. Et en préparation à cette visite pontificale, ils se sont rassemblés dans différentes paroisses pour des soirées de prière dans l’esprit de Taizé ou d’Assise, autour de la croix de pèlerin spécialement conçue pour l’occasion. "L’objectif principal est que les jeunes deviennent le moteur de la visite pontificale. Qu’ils encouragent leur famille et leurs amis à venir également. Qu’ils deviennent, dans leur entourage, des missionnaires d’espérance et de miséricorde", explique un religieux. Les premiers retours sont encourageants puisque pour préparer cette visite 16.000 volontaires ont été enregistrés, alors que l’organisation en espérait 10.000.
Sécularisation
Reste que, selon un journaliste catholique, cette visite papale sera beaucoup plus calme que celles de Jean-Paul II à Madrid en 1982 et 2003. "Le pape polonais s’est rendu à plusieurs reprises en Espagne. C’est surtout sa première visite qui fut impressionnante, avec des millions de personnes partout. Depuis, la société a beaucoup changé et les communautés religieuses et les paroisses vieillissent rapidement, comme partout en Europe. Touchée par une forte sécularisation, la pratique dominicale est réduite à un minimum. En périphérie des villes, les paroisses survivent grâce aux Latino-Américains. Ce sont eux qui maintiennent les églises debout. Ils représentent 80% des fidèles dans les paroisses de banlieue. Sans eux, il ne resterait presque rien. Il en va de même pour les femmes. Ce sont elles qui transmettent la foi et fréquentent les églises. Sans femmes, pas d’Eglise", assène le journaliste.
Des montants records via l’impôt ecclésiastique
Pourtant, face à cette forte sécularisation, il est frappant de constater que l’impôt ecclésiastique lui ne diminue pas, et que l’Eglise récolte au contraire des montants records. "Sur leur déclaration fiscale, les Espagnols indiquent à qui ils souhaitent attribuer une partie (0,7%) de leurs impôts. Plus de 30% des contribuables (soit plus de 9 millions d’Espagnols) choisissent l’Eglise catholique romaine. Une baisse était attendue, notamment à cause des scandales d’abus sexuels (qui restent un sujet sensible), mais c’est l’inverse qui s’est produit. Davantage de personnes donnent à l’Eglise – 106.363 contribuables de plus en 2024, par rapport à 2023 – ce qui a fait affluer près de 430 millions d’euros vers l’Eglise catholique, soit une hausse d’environ 46 millions d’euros", souligne le journaliste.
Comment expliquer une telle augmentation? "Il existe dans la société espagnole un énorme fossé entre riches et pauvres. Les inégalités sont importantes et les statistiques montrent que l’exclusion sociale a augmenté de 52% depuis 2007. De plus en plus de personnes sont laissées de côté: environ 9,4 millions d’habitants sont concernés. L’Eglise est pour eux un ‘hôpital de campagne’. Caritas, surtout, constitue un pilier essentiel de notre société. Cette aide aux sans-abri et aux migrants rend l’Eglise crédible. Ses établissements d’enseignement et de soins sont également très appréciés. Cela explique probablement pourquoi le produit de l’impôt ecclésiastique reste stable, voire augmente dans certaines provinces, et pourquoi les scandales d’abus ne semblent pas avoir d’impact sur lui."
Un "effet Léon XIV"
Cette aide aux pauvres et ce travail social seront mis en lumière lors de la visite pontificale. Le pape Léon XIV rencontrera ainsi les collaborateurs du projet social pour sans-abri Cedia 24 Horas, les bénévoles des sections locales de Caritas ainsi que de nombreux autres engagés de l’Eglise. D’ailleurs, au sein même de la Conférence épiscopale, on souligne un effet positif du pape sur l’impôt ecclésiastique. "Les impulsions du pape François ont été très appréciées en Espagne et nous pensons que le pape Léon aura lui aussi une influence favorable. Il parle espagnol et sait ce que signifient l’exclusion ou la migration pour une personne. Cet effet pape se reflète également dans les dons à l’Eglise", explique-t-on. Les visites pontificales servent effectivement à soutenir et encourager les Eglises locales.
Emmanuel VAN LIERDE
L’Eglise espagnole en chiffres
70 diocèses
22.922 paroisses
2.527 établissements d’enseignement
10.032 institutions de soins accueillant plus
de 3,8 millions de personnes par an
14.994 prêtres
31.503 religieux et religieuses
9.648 missionnaires
82.106 catéchistes
34.494 professeurs de religion
8,2 millions de bénévoles
51.779 groupes de partage de la foi
404.582 personnes ayant reçu les sacrements de l’initiation chrétienne
statistiques 2024 de la Conférence épiscopale espagnole
