Le pape Léon XIV s’apprête à publier, lundi 25 mai 2026, sa première encyclique. Intitulée Magnifica Humanitas (« Magnifique humanité »), celle-ci sera notamment consacrée à l’essor de l’intelligence artificielle. Décryptage.
Dans sa première encyclique, le souverain pontife devrait aborder en détail les effets de l’IA sur les droits des travailleurs et sur l’environnement, tout en dénonçant son utilisation dans les conflits armés.
Le Vatican s’était déjà saisi de ces enjeux à plusieurs reprises, mais ce nouveau texte marquera certainement une étape plus structurée dans la réflexion du pape sur les conséquences sociales, économiques et éthiques de l’intelligence artificielle.
Selon Michel Maroy, expert en affaires européennes et invité de l’émission Décryptages : "Il faut nécessairement poser le débat sur un plan éthique. Et c'est ce que fait le pape. Pour éclairer des décisions très concrètes car l'intelligence artificielle va faire son entrée très vite dans des secteurs cruciaux. Je pense par exemple aux pouvoirs publics, à l'armement ou sur le plan médical. Le message du pape est le suivant : l'intelligence artificielle peut aider l’humanité, mais il faut toujours préserver une place pour l’intervention humaine".
Esprit de lucre
Toujours selon notre invité Michel Maroy : "Le pape Léon a bien compris que l’IA est un enjeu majeur. Nous avons la la chance d'avoir encore aujourd'hui une Église assez étendue, disposant de beaucoup de ressources et de relations précieuses. Je rappelle que le jour de la présentation de cette encyclique, lundi, deux femmes académiques de premier plan seront présentes. Et puis, il y aura aussi le patron de l’entreprise d’intelligence artificielle Anthropic. C’est un des seuls à ce niveau de responsabilité qui se met des balises éthiques. C'est pour cette raison d’ailleurs que l’administration Trump ne lui veut pas que du bien. Le Vatican tient à jouer un rôle, un rôle éthique dans l’analyse et dans l’accompagnement de la révolution intellectuelle, cognitive et industrielle que nous vivons en ce moment. Et il le fait sans avoir l'esprit de lucre. C'est-à-dire que cette réflexion est puissante, qu’elle dispose de moyens intellectuels importants mais elle n’est pas liée à telle ou telle société d’IA ou à ces milliards de capitaux qui circulent en ce moment autour du développement fulgurant de l'intelligence artificielle".
Un thème déjà devenu récurrent
Dès 2025, juste après son élection, Léon XIV avait déjà exprimé des réserves sur l’usage généralisé de l’intelligence artificielle. Le pape avait reconnu que l’IA pouvait, dans certains cas, être utilisée de manière "positive et même noble" afin de favoriser une plus grande égalité, notamment dans les domaines de la recherche médicale ou de la découverte scientifique. Mais il avait également mis en garde contre de possibles dérives.
"L’accès aux données, aussi vaste soit-il, ne doit pas être confondu avec l’intelligence", avait-il déclaré, ajoutant que "la véritable sagesse tient davantage à la reconnaissance du sens profond de la vie qu’à la disponibilité des données".
Il avait aussi averti que l’IA pouvait être détournée "à des fins égoïstes au détriment des autres, ou pire encore, pour fomenter des conflits et des agressions".
Julien PAUL
