Epiphanie : que fête-t-on exactement ce 6 janvier (et pourquoi l’avoir déjà célébré dimanche dernier) ?


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Epiphanie : que fête-t-on exactement ce 6 janvier (et pourquoi l’avoir déjà célébré dimanche dernier) ?
© Bradi Barth
Par Christophe Herinckx
Journaliste de CathoBel
Publié le
5 min

Si l’Eglise d’Occident célèbre souvent l'Epiphanie le dimanche qui suit le 1er janvier, la date canonique de cette solennité est le 6 janvier. En Orient, elle est célébrée ce jour-là, tant par les catholiques que les orthodoxes. Quelle est l’origine de cette fête? Quelle est sa signification et comment comprendre le récit de la visite des mages?

L’Epiphanie est un mot grec à l’origine, epiphaneia, qui veut dire "manifestation" ou "apparition". La fête chrétienne de l’’Epiphanie célèbre ainsi la manifestation de Dieu dans l'Enfant de la crèche. Célébrée après Noël, quelle est la spécificité de l'Epiphanie par rapport à la Nativité ? Pour comprendre la différence entre ces deux fêtes majeures, il faut remonter à leur origine.

Aux origines de l'Epiphanie

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, la fête de l'Epiphanie est plus ancienne que celle de Noël. Elle est apparue au IIIe siècle à Alexandrie, et célébrait trois moments de la vie du Christ qui manifestent son identité de Fils de Dieu : sa naissance, son baptême et les Noces de Cana. Liée Elle s'est répandue ensuite dans tout l'Orient à partir de l'Egypte. Quant à la fête de Noël, elle est à célébrée à Rome à partir du IVe siècle, sans doute vers 325. Les deux fêtes, à l’origine, sont des célébrations païennes: on fêtait la victoire du soleil sur les ténèbres, autour du solstice d’hiver. L'Eglise chrétienne, à Alexandrie comme à Rome, va christianiser ces deux fêtes pour en faire celles de l'avènement de la véritable Lumière qui est le Christ.

Après l'apparition de la fête de Noël à Rome, celle de l’Epiphanie, toujours fêtée le 6 janvier, va prendre un sens plus spécifique dans l’Eglise d’Occident. Alors que Noël insiste sur l’incarnation du Fils de Dieu en Jésus, l’Epiphanie va célébrer la manifestation de la divinité du Christ aux nations païennes, symbolisée par la visite des mages à l’Enfant Jésus. Quant au baptême de Jésus, il fera l’objet d’une autre fête spécifique.

Pour des raisons pratiques - le 6 janvier n'est généralement pas férié en Occident -, l'Eglise catholique a déplacé la célébration de la solennité de l'Epiphanie au dimanche suivant le 1er janvier, même si la date "officielle" n'a pas été modifiée.

L’histoire des Rois Mages est-elle... historique?

Les récits qui concernent la naissance de Jésus, dans les premiers chapitres des évangiles selon saint Luc et saint Matthieu, n'ont pas toujours une origine historique clairement déterminée. C'est particulièrement le cas du récit de la visite des mages (Matthieu 2, 1-12), dont la "charge" théologique est par contre très forte: des personnes d’une culture, d’un autre horizon religieux que la foi d'Israël, viennent rendre hommage à Jésus.

Qui étaient les "Rois Mages" ?

Le terme de "mages" indique qu'il s'agissait sans doute d'astrologues venus du Moyen Orient, qui lisaient les signes divins dans les astres. C’est d'ailleurs en observant les cieux qu’ils ont vu apparaître une nouvelle étoile, qu’ils se sont mis à suivre pour arriver jusqu'à Jésus, après avoir consulter les autorités politiques et religieuses juives... Arrivés à destination, ces sages venus d'ailleurs ont vu en Jésus le Verbe de Dieu qui s’est fait chair. La signification théologique de ce récit, c'est que toute culture, toute tradition spirituelle, toute religion sont orientées vers la reconnaissance de Dieu qui s'est manifesté en Jésus, Verbe de Dieu fait chair.

On parle couramment des "Rois Mages", mais l’évangile parle de mages, pas de rois. L’utilisation courante du mot "roi" à leur sujet renvoie cependant au livre d’Isaïe, dans lequel il est écrit que "les nations marcheront à ta lumière et les rois à ta clarté naissante" (Is. 60,3). Ici encore, la signification théologique est bien présente : les mages, ce sont les nations païennes qui viennent reconnaître le Messie... La prophétie de l’Ancien Testament se réalise donc avec la naissance de Jésus.

Les mages viennent-ils vraiment des quatre coins du monde?

On représente souvent les trois mages – Melchior, Gaspard et Balthasar – comme venant d’Occident, d’Orient et d’Afrique. D’après le texte de Matthieu, les trois mages viennent d’Orient, donc pas de tous les continents. Mais le fait que, dans la religion populaire, on les représente comme venant de partout est à nouveau très significatif, et au fond très juste : ce sont bien toutes les cultures qui sont appelées à accueillir la révélation de Dieu et de son Amour pour nous, en Jésus-Christ.

Dans l’histoire de l’Humanité, toute religion, toute spiritualité, toute philosophie, attend une forme d’accomplissement, et pour les chrétiens, c’est Jésus, le Fils de Dieu fait chair, qui vient apporter cet accomplissement.

De l’or, de la myrrhe et de l’encens...

Les présents apportés par les mages ont chacun une signification particulière.

  • L’or est le cadeau que l’on offre à un roi. Cela signifie symboliquement dire que les mages reconnaissent, en Jésus, le roi de l’univers.
  • L’encens, c’est ce que l’on donne à Dieu. C’est donc un symbole proprement religieux, notamment celui de la prière et de l’hommage qui monte vers la divinité.
  • Quant à la myrrhe, elle est utilisée pour embaumer quelqu’un qui est décédé. La symbolique ici, est que, dès sa naissance, on reconnaît déjà en Jésus celui qui donne sa vie pour nous, et qui va mourir sur la croix. Les mages honorent ce don à l’avance.

Ce dernier point constitue une indication selon laquelle les évangiles ont été écrits après la mort et la résurrection du Christ : les évangélistes connaissaient donc la fin de l'histoire... C'est d'ailleurs à partir de la foi pascale que les chrétiens peuvent comprendre pleinement le mystère de la manifestation de Dieu dans son Fils fait homme...

Christophe HERINCKX

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