La ministre de l’Enseignement souhaite rendre obligatoires deux heures de cours de philosophie et citoyenneté (CPC) dans l’enseignement officiel. Les cours de religion et de morale seraient relégués hors horaire. Une réforme qui divise profondément.
Le débat sur la place des cours de religion et de morale dans l’enseignement officiel pourrait revenir sur le devant de la scène en Fédération Wallonie-Bruxelles. Selon des informations révélées par Le Soir le 17 avril 2026, la ministre de l’Enseignement, Valérie Glatigny (MR), a relancé des consultations autour d’une réforme visant à généraliser deux heures obligatoires de cours de philosophie et de citoyenneté (CPC) dans l’enseignement officiel organisé et subventionné, tout en rendant les cours de religion et de morale facultatifs et hors grille horaire.
Aujourd’hui, dans l’enseignement officiel (qui scolarise environ la moitié des élèves francophones, l’autre moitié relevant du réseau libre), les élèves suivent une heure obligatoire de CPC et choisissent soit une heure de religion ou de morale, soit une seconde heure de CPC. La réforme envisagée modifierait profondément cet équilibre.
Les arguments de la ministre
Interrogé par Le Soir, le cabinet de la ministre affirme que cette réforme répondrait à des difficultés pédagogiques et organisationnelles remontées du terrain. "Une heure de cours de CPC par semaine est insuffisante pour développer l’esprit critique et atteindre les attendus du référentiel", explique le cabinet. Il pointe également la complexité des horaires, la multiplication des choix, le manque de continuité des apprentissages et l’instabilité des charges horaires des enseignants.
Selon la ministre, le CPC est aujourd’hui devenu un cours « fourre-tout », absorbant divers projets citoyens au détriment du programme. Deux heures permettraient, selon ses soutiens, d’ancrer davantage les apprentissages liés à la citoyenneté, au pluralisme et à la pensée critique.
Une vive opposition du côté des cours convictionnels
Mais la perspective de rendre les cours de religion et de morale facultatifs et hors horaire suscite de profondes inquiétudes. Plusieurs acteurs redoutent une disparition de fait de ces cours dans l’enseignement officiel. Dans La Libre, Jean-Marc Drieskens, président du Conseil consultatif supérieur des cours philosophiques, alerte : "Si ces cours deviennent volontaires et en dehors de l’horaire scolaire, ils disparaîtront à terme de l’univers scolaire."
D’autres soulignent leur rôle éducatif et sociétal. Le SeGEC (Secrétariat général de l'Enseignement Catholique) estime que les cours de religion, lorsqu’ils sont bien encadrés, favorisent le dialogue interconvictionnel et permettent un travail critique sur les textes, les croyances et leur place dans une société démocratique. Pour certains, supprimer cet espace structuré risque de renvoyer les jeunes vers des sources non contrôlées, notamment en ligne.
Les chiffres publiés le mois dernier par CathoBel infirment par ailleurs l’idée d’un désintérêt massif. Dans l’enseignement officiel, le cours de religion catholique demeure le plus choisi en primaire, et connaît même un léger rebond dans le secondaire ces dernières années. Tous réseaux confondus, il reste le premier cours convictionnel suivi par les élèves.
Un équilibre délicat entre neutralité et liberté
Au cœur du débat se trouve aussi l’article 24 de la Constitution, qui garantit le choix entre un cours de religion reconnue ou de morale. La ministre affirme vouloir respecter ce cadre, en maintenant une possibilité d’accès à ces cours. Maintenir, certes, mais hors horaire ! On peut légitimement douter que cette option rencontre un franc succès auprès des parents ou des élèves. Derrière une réforme présentée comme technique et pédagogique, c’est bien une question de société qui se pose : quelle place accorder aux convictions religieuses, à l'histoire des courants religieux ou au dialogue interconvictionnel à l’école officielle ?
Manu VAN LIER

