Opinion : Enseigner la foi aux jeunes à l’ère des réseaux sociaux, un défi inédit


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Opinion : Enseigner la foi aux jeunes à l’ère des réseaux sociaux, un défi inédit
Sur YouTube, le théologien Thomas Remy s’efforce d’articuler foi et raison.
Par Olivier VINCENT
Publié le
3 min

Face à la sécularisation et à l’influence massive des réseaux sociaux, le cours de religion est à la croisée des chemins. Pour qu’il parle encore aux jeunes, il faut qu’il se réinvente, estime Olivier Vincent, professeur de religion catholique. En se transformant en un espace vivant et de réflexion où l’on cultive l’esprit critique et déconstruit les idées reçues.

La sécularisation a profondément marqué les sociétés occidentales, entraînant, dans de nombreux pays européens, une baisse de la pratique religieuse des jeunes. Un sondage réalisé sur 110 élèves de première secondaire révèle que, si 30% d’entre eux sont baptisés, seuls 10% vont à la messe. De plus, pour 80% d’entre eux, le cours de religion ne signifie rien. Dans le même temps, les réseaux sociaux ont un impact de plus en plus important, devenant la principale source d’information religieuse pour la plupart d’entre eux. 

Double défi

Malheureusement, ces plateformes véhiculent souvent des contenus biaisés, réducteurs, voire trompeurs. Cela pose un double défi pour l’enseignement de la religion: lutter contre l’indifférence et déconstruire les représentations erronées véhiculées en ligne. Ainsi, sur TikTok, on peut trouver des vidéos qui réduisent le christianisme à une liste d’interdits moraux, ou qui assimilent toutes les religions à l’intolérance et aux scandales. Sur YouTube, certains prêcheurs extrémistes proposent des lectures fondamentalistes de la Bible, détournant les textes vers des discours de haine. Instagram, de son côté, regorge d’images simplistes où la spiritualité et le développement personnel ne font qu’un. Ces contenus rencontrent un large public. Un adolescent qui tape "Dieu", "prière" ou "église" sur son téléphone peut, en quelques secondes, tomber sur des vidéos complotistes, des débats biaisés ou des discours sectaires. Résultat: la religion est perçue soit comme une contrainte d’un autre âge, soit comme un danger.

Etre bon pédagogue ne suffit plus

Pour lutter contre cela, être bon pédagogue ne suffit plus. Le professeur doit être à la fois polyvalent face à la surabondance d’informations en circulation, mais également à l’écoute des jeunes et de leurs préoccupations, tout en restant crédible face à des influenceurs presque omnipotents sur le net. Ainsi, l’enseignant, au-delà d’être un témoin de (la) foi, se muera en professeur de sciences religieuses, tout en restant un guide critique, aidant ainsi les élèves à discerner les contenus fiables des dérives numériques.

Il pourra également s’adapter à l’ère numérique en analysant en classe une vidéo virale consacrée à la religion. Et ce, pour encourager les élèves à partager ce qu’ils voient en ligne et ouvrir le débat sur ce qui est vrai, exagéré ou faux. En contrebalançant si possible par des podcasts ou des comptes Instagram chrétiens de qualité, pour montrer qu’Internet peut aussi nourrir la foi de manière positive et également une piste.

L’irremplaçable expérience vécue

Enfin, et c’est sans doute le plus important, rien ne remplacera jamais l’expérience vécue. Faire vivre aux jeunes des actions solidaires, des retraites ou des temps de prière, tout en invitant des témoins – prêtres, laïcs, influenceurs chrétiens – qui utilisent les réseaux de manière saine et cohérente, restera la meilleure formation. 

En combinant ces méthodes, le cours de religion cessera d’être un "cours théorique" pour devenir un véritable espace de discernement et de découverte. L’enseignant de religion quant à lui, par son authenticité, son écoute et sa créativité, pourra également devenir un contrepoids essentiel aux dérives du numérique. Son rôle ne sera plus seulement de transmettre un savoir, mais d’aider les élèves à décoder les discours religieux en ligne, à cultiver un esprit critique et à redécouvrir la dimension spirituelle de leur vie. Même s’il est clair qu’un témoignage n’aura pas le même impact sur des jeunes de 12 ou 17 ans, le cours restera un espace de vérité et de sens, dont les jeunes ont plus que jamais besoin.

Olivier VINCENT

Chapeau et intertitres sont de la rédaction


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