Décryptages – Voyage apostolique : petites phrases et grands enjeux


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Décryptages – Voyage apostolique : petites phrases et grands enjeux
Par Julien Paul
Journaliste
Publié le - Modifié le
5 min

Dans l’épisode de Décryptages cette semaine les débatteurs invités étaient la chrétienne engagée Béatrice Papeians et le frère dominicain Laurent Mathelot. Il a d’abord été question du voyage apostolique du pape Léon XIV en Afrique. Entre déclarations mal comprises et enjeux diplomatiques, les motifs d’adhésion et d’indignation n’ont pas manqué.

Analyse du discours

La caractère virulent, à première vue, de l'échange entre le Pape Léon XIV et l'administration Trump cette semaine a de quoi surprendre. Dans l'avion qui l'a conduit du Cameroun en Angola, le souverain pontife a dit regretter la lecture polémique qui a été faite de ses déclarations. En déplorant que quelques "tyrans" ravagent le monde, il ne visait donc pas le président des Etats-Unis, son pays de naissance.

Sa sainteté le pape se confronte ainsi à l'un des principes de base de ce qu'on appelle l'analyse du discours. Selon cette discipline linguistique, les mots que l'on prononce ou que l'on écrit prennent surtout leur sens en fonction du contexte de leur réception. Pour le dire autrement : la compréhension des mots que nous prononçons nous échappe toujours un peu, au profit du sens que le contexte global leur donne. Surtout quant les énoncés sont vagues. Le pape n'échappe pas à cette règle communicationnelle de base.

"Passe d’armes" et appels à la paix

On peut résumer à grands traits l'échange indirect qui a eu lieu ces derniers jours entre l’administration Trump et le pape Léon XIV de la façon suivante : 

1_Le pape appelle à la paix et à faire taire les armes, au nom du refus de la guerre et de la violence intrinsèque au message des Evangiles. 

2_Donald Trump affirme que par ces déclarations le pape démontre sa faiblesse, qu'il n'œuvre pas pour la paix et ne remplit pas sa mission.

3_Le pape, dans l’avion pour Alger, répond qu’il n’a pas peur de l’administration Trump et qu’il souhaite continuer de promouvoir la paix. 

4_Le vice-président américain, JD Vance, récemment converti au catholicisme, prend ensuite le relais en demandant au pape de s’en tenir à des considérations strictement morales, en ne se mêlant pas de politique ; et de faire attention par ailleurs à ses considération théologiques.  

5_"Le monde est en train d’être ravagé par une poignée de tyrans, mais il est maintenu uni par une multitude de frères et sœurs solidaires !", a déclaré Léon XIV dans un discours à Bamenda, l'épicentre des violences séparatistes qui lacèrent le nord-ouest de Cameroun depuis 10 ans. Il faisait effectivement référence à un contexte spécifique, celui de l'endroit où il se trouvait.

6_Peu après, le 16 avril sur X (anciennement Twitter), des propos analogues ont été formulé à l'écrit, sur le profil officiel de sa sainteté le pape Léon XIV. La formulation y est plus accusatoire et aussi plus générale : "Malheur à ceux qui détournent les religions et le nom même de Dieu à leurs propres fins militaires, économiques et politiques, en traînant ce qui est saint dans ce qu’il y a de plus sale et de plus ténébreux". Qui donc est désigné par cette missive numérique-là ? Et qui ne l'est pas ? L'inclusion du président américain dans la bande des tyrans désignée ne semblait pas faire de doute.

Une partition à deux voix

Le pape est dans son rôle lorsqu’il appelle à la paix au Moyen-Orient. On ne peut exclure une certaine irritation de sa part en entendant l’administration Trump invoquer une volonté divine pour légitimer une guerre qui fracture l’opinion américaine et qui décime des innocents par milliers. Le plus étonnant est certainement de voir les Républicains riposter sur le terrain théologique, domaine qui relève, en principe, de la compétence du chef de l’Eglise catholique.

Pour Frère Laurent Mathelot "La réponse à Trump prononcée au Cameroun est un traité de morale politique. On voit bien que c'est l'intelligence du Pape qui répond à la provocation de Trump. Car non ! On ne peut pas séparer la morale et la politique. Et c'est évidemment en se posant comme homme moral, comme le lui recommandait le vice-président des États-Unis, que le pape est en train de donner des leçons de politique".

La désaffection qui vient

A l’approche des élections législatives et sénatoriales de novembre 2026 aux Etats-Unis - des élections cruciales pour Donald Trump - le président américain prend le risque de malmener ses partisans chrétiens. La publication d’images controversées le représentant en Christ le discréditent grandement auprès de chrétiens américaine jusque-là globalement favorables à son discours.

Depuis le début de la seconde présidence Trump, sa base chrétienne a eu de nombreuses raisons de s’inquiéter : la politique migratoire agressive menée par la Maison-Blanche, la remise en cause des filets de sécurité sociaux, une guerre impopulaire qui fait augmenter le coût de la vie. Ces éléments successifs ont préparé le désaveu qui semble confirmé aujourd'hui, à en croire divers billets d'opinion, posts et déclarations de chrétiens de premier plan aux Etats-Unis. Un désaveu que les élections de mi-mandat pourraient acter pour de bon dans huit mois.

Même la droite de la droite se détourne de Trump

La présidente du Conseil italien Giorgia Meloni a apporté un soutien explicite au Pape Léon XIV face aux assauts verbaux venus de Washington. Donald Trump l'a immédiatement prise pour cible, alors qu’il la considérait jusqu’à présent comme sa principale alliée au sein de l’Union européenne. "Je pensais qu’elle avait du courage, je me suis trompé", a-t-il déclaré. Face à ces reproches, la formation espagnole de droite conservatrice Vox a choisi son camp en affirmant son soutien à la présidente du Conseil italien contre les propos outranciers du président Trump. 

Julien PAUL  

Catégorie : Décryptages

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