Livre : Oui, les traumas traversent les générations


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Livre : Oui, les traumas traversent les générations
Par Angélique Tasiaux
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
2 min

Avec L’Envol de la mémoire, Myriam Spira livre un récit sincère sur sa famille et l’ombre de la Shoah qui plane sur celle-ci. 

"J’ai grandi dans l’ombre de la Shoah." Ainsi débute le récit autobiographique de Myriam Spira. La deuxième phrase n’est guère plus réjouissante : "Nous étions invisibles, mes frères, mes sœurs et moi, à moins que nous nous soyons rendus nous-mêmes invisibles." Le cadre est posé. Ce livre va tenter de comprendre les incidences des traumatismes parentaux dans la vie d’une descendance, marquée par les récits et les images qui les accompagnent. "Presque comme si nous avions nous-mêmes été déporté[s]", constate la narratrice.

Durant la Deuxième Guerre mondiale, Joseph et Betty, deux Belges de naissance, ont tous deux été emprisonnés dans des camps de concentration. Joseph était juif de confession, Betty catholique et résistante. De leur histoire naîtront cinq enfants, comme les disparus de la famille paternelle. Si une certaine réserve tempère les propos des parents, peu à peu, le voile se déchire et les évocations se font de plus en plus précises et répétées, le temps des repas dominicaux notamment. Au point que l’atmosphère à la maison paraît bien différente de celle des camarades de classe de la narratrice, cadette de la fratrie. 

Une communauté malgré soi

A l’heure où la parole des victimes tend à s’imposer ou à tout le moins à être davantage prise en considération, il n’en était encore rien dans les années qui ont suivi l’après-guerre. "Il n’y avait pas d’approche ni thérapeutique ni psychologique pour les rescapés, encore moins pour leurs enfants." Toutefois, les enfants de la deuxième génération partagent "une façon d’être, des réflexes", observe Myriam Spira, "des attitudes et des comportements atypiques résolument similaires, souvent incompris par les tiers". Une peur irraisonnée de la sonnerie du téléphone ou de la sonnette, l’angoisse du manque et une accumulation quelquefois compulsive d’objets ou de biens de première nécessité… Pour autant, le mutisme des survivants n’a pas moins marqué leurs descendants.  

Ce témoignage, Myriam Spira l’a écrit pour sa fille Havaya – "souffle d’existence, plénitude de l’être". Il lui aura fallu trente ans pour arriver à le boucler. Les appréhensions n’ont pas disparu, mais l’envol de la vie aura été le plus fort, comme en attestent ces pages très personnelles. Mieux encore, un changement s’est opéré en elle, puisque de "fille de victimes", elle se sait désormais fille de gagnants, eux qui lui ont transmis, vaille que vaille, la vie.

Angélique TASIAUX

Myriam Spira, L’Envol de la mémoire. Grasset, 2026, 198 p.

Catégorie : Culture

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