Dix ans après la chute de Saddam Hussein, environ 60% des chrétiens ont quitté l’Irak estimant que la situation du pays est encore plus chaotique.
Un bilan dressé par Mgr Amel Nona, archevêque chaldéen à Mossoul.
D’après Mgr Amel Nona, l’exode des chrétiens irakiens est motivé par la situation générale dans le pays, l’insécurité, les circonstances économiques, les changements dans la société, comme l’essor du fondamentalisme islamique. "La situation actuelle en Irak est la conséquence de ce qui a été semé au cours des quarante dernières années, sinon plus.", estime le prélat.
L’aide du gouvernement irakien et de l’Occident
"Ce que les responsables dans le gouvernement irakien déclarent au sujet des chrétiens est toujours positif. Mais en réalité, nous connaissons tous notre situation, il n’y a pas de véritable solution à nos problèmes", insiste l’Archevêque, qui nuance encore : "Je crois que l'Occident peut beaucoup faire. Il convient toutefois de préciser ce que l'on entend par "Occident". Si vous entendez par là la politique occidentale, alors je ne crois pas que l'on puisse en attendre beaucoup. Par contre, si vous pensez à toute la société occidentale, alors là il y a encore beaucoup d'opportunités, par exemple par des projets de soutien des chrétiens établis dans des régions sûres en Irak.".
L’essor du fondamentalisme islamique
Après 2003, un islam radical et fondamentaliste s’est propagé partout en Irak. "Par ailleurs, dit-il, le problème n’est pas dû au fondamentalisme, mais à l’islamisation de la société. La société irakienne a beaucoup changé. Elle est devenue plus islamiste et plus radicale. C’est la conséquence des actions de tous ces groupes fondamentalistes et d’une politique qui utilise la religion pour réaliser ses objectifs. La peur est un élément essentiel pour islamiser la société. Plus la peur est grande, plus le fondamentalisme est puissant.". Ainsi, à Mossoul, "la peur des attentats persiste, parce que les circonstances générales dans la ville ne se sont pas améliorées".
Préparer la foi de demain
Selon Mgr Amel Nona, la persécution, qu’elle soit en Irak ou ailleurs, renforce encore la foi. "Mais on n’a pas le droit de dire que la foi s’approfondit aujourd’hui sans l’intervention de l’Église. Nous devons éveiller le sens de la foi et l’importance du témoignage chrétien apporté de nos jours. Sinon, une fois que nous aurons surmonté la situation actuelle, nous aurons des difficultés à convaincre les futures générations de l'importance de la foi dans la vie d'aujourd'hui.".
La situation de l’Église dépend donc dans une grande mesure de celle de l’Irak tout entier.
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