Chaque année, les présidents des Conférences épiscopales de France, d’Allemagne, de Suisse, d’Autriche, de Belgique et du Luxembourg se rencontrent pour un échange fraternel et informel. Ces 6 et 7 février, c'est à Salzbourg que la rencontre s'est tenue. Mgr Luc Terlinden y a participé, ainsi que Bruno Spriet, secrétaire général de la Conférence des évêques, qui nous envoie ce petit compte-rendu.
La tradition de ces rencontres serait née après la Seconde Guerre mondiale d’une initiative entre la France et l’Allemagne, la Suisse jouant alors un rôle de médiation. Depuis quelques années, les pays voisins se joignent également à cette rencontre.
Une atmosphère de confiance et de simplicité
Notre rencontre à Salzbourg, les 6 et 7 février, a débuté par un accueil particulièrement chaleureux de la part de l’archevêque Franz Lackner, accompagné de Mgr Manfred Scheuer, évêque de Linz, et du secrétaire général Peter Schipka. Les échanges ont eu lieu à Sankt Virgil, la maison de formation de l’archidiocèse, créée dans l’esprit du concile Vatican II pour former les laïcs. Les présidents, vice‑présidents et secrétaires généraux ont rapidement trouvé une atmosphère de confiance et de simplicité. Pour la Belgique, Mgr Luc Terlinden (président) et Bruno Spriet (secrétaire général) étaient présents.
La nouvelle dynamique Léon
Le premier volet des discussions portait sur le début du pontificat du pape Léon XIV. L’impression générale était marquée par la confiance et l’espérance. Les priorités du Saint‑Père s’inscrivent clairement dans la continuité de celles du pape François : une Église cherchant l’unité dans la diversité, engagée dans le dialogue, au service de la paix et résolument synodale. Son attitude humble et son écoute attentive ont profondément marqué les esprits, tout comme la première réunion du consistoire en janvier.
La comparaison avec saint François et le frère Léon est apparue spontanément : l’un a suscité un mouvement, l’autre lui a donné une structure. Cette image décrit bien la transition actuelle.
Un moment fort fut le récit de la rencontre du Pape Leon avec des jeunes sur le bateau Bel Espoir à Ostie, un projet visant à favoriser le dialogue entre jeunes de la Méditerranée. Le pape y a parlé avec simplicité de paix, de dialogue et de la nécessité de construire des ponts entre les personnes. Il a également évoqué sa propre jeunesse à Chicago comme une école de dialogue. Le ton humain, direct et très proche de cette rencontre a touché beaucoup de monde.
Comment mettre la synodalité en pratique?
Le deuxième volet de nos échanges fut consacré à la mise en œuvre concrète du synode sur la synodalité. Toutes les Conférences ont expliqué les étapes qu’elles entreprennent durant cette phase d’application. Un large consensus s’est dégagé : il est bon que l’Église prenne aujourd’hui le temps de poursuivre patiemment ce processus de croissance et de maturation.
En Allemagne, les travaux avancent vers la finalisation des statuts d’un conseil synodal, après une période de rapprochement constructif avec le Saint‑Siège. Ce conseil réfléchira aux questions sociétales, aux sujets ecclésiaux dépassant les frontières diocésaines, ainsi qu’à l’affectation des ressources financières pour des projets sociaux et pastoraux.
Dans d’autres pays, une grande attention est portée à la formation : diffusion de la méthode de la « conversation dans l’Esprit », formation des prêtres au travail synodal, et formation des évêques à la transparence, à la responsabilité et au leadership.
L’un des défis reste d’articuler de manière pleinement catholique la synodalité, la hiérarchie ou les ministères ordonnés. De plus, plusieurs conférences ont exprimé leur préoccupation quant à une meilleure participation de divers groupes au processus synodal : personnes en situation de précarité, jeunes, prêtres, diacres, religieuses et religieux.
En France, la province ecclésiastique de Paris prépare un concile provincial dédié à l’accueil et à l’accompagnement des catéchumènes et des néophytes.
Mgr Luc Terlinden a expliqué qu'en Belgique, une équipe synodale nationale a été mise en place. Cette année, cette équipe invitera à réfléchir à un processus synodal centré sur l’accueil des catéchumènes, des néophytes et des nombreux fidèles récemment arrivés dans notre pays. La question de ce que nous pouvons apprendre d’eux est également au cœur de cette réflexion.

Regards sur le monde et préoccupations politiques
Un troisième temps des échanges s’est porté sur la situation politique en Europe et dans le monde. Les évêques ont exprimé leurs inquiétudes face aux nombreux conflits actuels — en Ukraine, en Terre Sainte — ainsi qu’à la montée du populisme et des partis extrémistes. La gestion des migrations, le changement climatique et les débats sur l’avortement ont également été abordés.
Tous ont rappelé que le message chrétien est un message de fraternité universelle et de dignité humaine inconditionnelle. La doctrine sociale de l’Église demeure une boussole précieuse. Sans entrer dans le jeu partisan, les conférences cherchent des manières de faire entendre une vision chrétienne toujours pertinente de la société, de la solidarité et du respect de toute personne.
Mgr Terlinden a lancé un appel à intensifier les initiatives communes en faveur de la paix dans une Europe qui se déchire. L’Église européenne reste par ailleurs fortement engagée auprès du peuple ukrainien. Divers projets visent à soutenir les réfugiés dans nos pays et à apporter une aide concrète en Ukraine même. La CCEE organise également cette année, pendant le carême, une « chaîne de prière eucharistique » à travers les pays européens afin de prier pour la paix entre les peuples.
La richesse culturelle de Salzbourg
Enfin, la rencontre a permis de goûter à la richesse culturelle de Salzbourg, ville mondialement connue pour sa musique. Le vendredi soir, nous avons été invités au Festspielhaus pour une interprétation impressionnante de Carmina Burana, réunissant plus de 350 choristes issus des différents chœurs de Salzbourg. Ce moment artistique a donné une dimension inattendue et profondément enrichissante à notre séjour.
Les temps de prière (en français et en allemand) et les échanges fraternels ont été tout aussi précieux. Ils ont rappelé combien nous sommes unis dans la mission de l’annonce de l’Évangile. Ces journées à Salzbourg furent non seulement fécondes, mais aussi profondément encourageantes et porteuses d’espérance.
Bruno Spriet

