Depuis neuf mois, l'Institut pour les œuvres de religion (IOR), appelée aussi Banque du Vatican, n’avait plus de tête pour gérer ses 6 milliards d’euros d'actifs et se 44.000 comptes. Benoît XVI voulant laisser la maison vaticane en ordre avant d'en confier les clés au locataire suivant, il a décidé, le 15 février dernier, de pourvoir ce poste, en nommant l'industriel et financier allemand Ernst von Freyberg. Toutefois, cette nomination est critiquée.
L'objet des critiques vient du fait que, même si Ernst von Freyberg a une grande expérience de la finance internationale, il est également président des chantiers navals "Blohm & Voss" de Hambourg, qui fabriquent des yachts de luxe et... des navires de guerre ! Une activité que beaucoup jugent incompatible avec une responsabilité aussi stratégique que la présidence de l'IOR et incohérente avec la doctrine pacifiste Pacem in terris du pape Jean XXIII.
"Un choix paradoxal"
"C'est un choix paradoxal", affirme notamment le père Venanzio Milani, responsable de l'agence de presse des missionnaires, Misna. "Nous, Missionnaires comboniens, nous nous battons contre le commerce des armes et avons fait campagne contre les banques qui financent l'industrie de l'armement. Et nous nous retrouvons avec un président de l'IOR qui construit des navires de guerre..."
Depuis l'été dernier, les dossiers de quarante candidats ont donc été minutieusement étudiés, réduits à six candidats, puis à trois, parmi lesquels un collège de cardinaux a secrètement choisi un nom. Pour être sûr de ne pas se tromper, le Vatican s'est même fait aider, grande première, par une agence internationale de chasseurs de têtes.
Tout est sauf
Finalement, la polémique aura fait long feu. Les chantiers navals Blohm & Voss, par la voix de leur porte-parole, ont précisé que l’entreprise doit encore honorer un dernier contrat militaire, de quatre frégates allemandes, mais une fois leur construction terminée elle se concentrera sur les bateaux civils, les yachts et les bateaux de croisière. L'activité militaire de Blohm & Voss aurait d'ailleurs été transférée à une autre entreprise allemande, ThyssenKrupp Marine Systems.
«La doctrine Pacem in terris est sauve. Tout est résolu», a conclu le père Frederico Lombardi, directeur de la salle de presse du Saint-Siège.
P.A. & J.J.D.
