Comment ils ont trouvé l’espérance en 2025: Emmanuel Tourpe, Axelle Fischer et Françoise Tulkens livrent leur témoignage (3/3)


Partager
Comment ils ont trouvé l’espérance en 2025: Emmanuel Tourpe, Axelle Fischer et Françoise Tulkens livrent leur témoignage (3/3)
Emmanuel Tourpe, Axelle Fischer et Françoise Tulkens ont trouvé de l'espérance en 2025 ! ©CathoBel
Par Vincent Delcorps
Publié le - Modifié le
5 min

2025, une année sombre ? Tout dépend du regard que l’on porte sur elle ! Nous avons demandé à neuf personnalités de pointer un moment, une rencontre, un lieu, qui a nourri leur espérance au cours des douze mois écoulés. Pour terminer la série, nous donnons la parole à un philosophe, homme de médias, à la secrétaire générale d'Action-Vivre Ensemble, et à une spécialiste des Droits humains.

Emmanuel Tourpe, philosophe, théologien et homme de médias

Deux signes puissants nous ont été donnés"

Un signe d’espérance en 2025 ? Il est difficile à trouver dans une société qui, depuis les réseaux sociaux et surtout le Covid, a basculé dans l’individualisme, le narcissisme et le militantisme. Une guerre de tous les égos semble déclarée, gagnant même nos Églises minées par des luttes de chapelles.

Et pourtant, là où grandit le péril, croît aussi ce qui sauve. En 2025, deux signes puissants nous ont été donnés.

Le premier : l’élévation de saint Newman au rang de docteur de l’Église. Le maître de la conscience, celui qui insiste tant sur l’importance d’être seul avec le Seul, nous apprend qu’au fond de soi un autre nous appelle ; que la solitude ouvre à l’Église de ceux qui aiment Dieu. Chez lui, descendre en soi mène non à l'enfermement sur soi, mais à la voix de Dieu, et dans cette voix, à l’unité des hommes.

Le second : l’élection de Léon XIV. Disciple d’Augustin, il aurait pu canoniser lui aussi l’isolement de chacun contre chacun; il fait l’inverse. « Tu veux être le centre du monde ? Va au bout : tu n’y trouves plus toi-même, mais le Dieu qui veut l’amour entre les hommes. » Ce pape est celui de l’unité du genre humain. Un signe pour 2025 ? Le voici, dans les mots de ce Pape de la réconciliation : être, en Eglise, au cœur d’un monde blessé, « un petit levain d’unité, de communion, de fraternité».

Axelle Fischer, secrétaire générale d’Action Vivre Ensemble

"L’espérance ne se contente pas d’attendre les jours meilleurs"

Le Jubilé 2025, placé sous le signe des « pèlerins d'espérance », nous rappelle que l'espérance dont parle le pape François n'est pas un optimisme naïf, mais une force active qui nous pousse à l'action.

En 2025, je me suis sentie particulièrement encouragée par ces nombreuses personnes qui s’investissent sur le terrain de la lutte contre la pauvreté en Belgique.  Chaque année, dans les différents diocèses, l’équipe d’Action Vivre Ensemble organise des rencontres appelées « assemblées associatives ». Ce sont des moments privilégiés où les associations soutenues se réunissent pour partager leurs défis communs et réfléchir aux pistes d’action, y compris en termes de revendications politiques.

Cette année, notre campagne d’Avent a mis le focus sur la jeunesse et, plus particulièrement, sur les enfants en âge d’aller à l’école. Nous avons voulu mettre en évidence ce chiffre, terrifiant : 1 enfant sur 4 n’a pas à manger à midi. Certains interlocuteurs, y compris d’Eglise, nous ont interpellés en rappelant la responsabilité des parents.

Dans un contexte social et politique dans lequel l’action associative est remise en question, voire moquée, il nous a semblé important de rappeler l’essentiel : l’attention au plus pauvre et exclu est une responsabilité de l’État et est, pour les chrétiens, indissociable du message de l’Évangile. À nos yeux, et à ceux des 76 associations soutenues sur le terrain, la bonne question n’est pas : « à qui la faute » mais « que peut-on faire pour que cela n’arrive pas ? ».

L'espérance qui anime ces dizaines de travailleurs et travailleuses sociaux fait écho à celle du Jubilé : elle est concrète, enracinée dans l'action et tournée vers l'avenir. Elle ne se contente pas d'attendre des jours meilleurs, elle les construit : quand une école des devoirs accompagne et donne confiance à des enfants en décrochage scolaire, quand une AMO (service d’Action en Milieu Ouvert) permet à des jeunes de s’épanouir dans des activités de loisir, quand une ASBL accompagne une famille à trouver un logement salubre… Ce n’est pas de l’argent jeté par les fenêtres, c’est un investissement dans la société que nous voulons pour demain. C'est l'espérance qui se fait chair.

Françoise Tulkens, ancienne juge à la Cour européenne des Droits de l’Homme

"L’engagement croissant de la société civile dans le soutien des droits fondamentaux"

J’entends l’espérance au sens philosophique. Au-delà de l’espoir qui est un désir orienté vers un résultat concret, l’espérance est une attitude existentielle, « une ouverture intérieure » qui invite à agir. Dans le domaine des droits humains qui donnent sens à ma vie et qui sont tellement malmenés aujourd’hui, accablés de tous les maux, un signe d’espérance en 2025 est l’engagement croissant de la société civile, des associations, des citoyennes et de citoyens, dans le soutien et la défense des droits fondamentaux. Je pense aux mouvements de femmes qui rappellent sans cesse, sur le terrain et dans des manifestations, que l’égalité est un droit et pas un privilège. Je pense au personnel de la prison de Haren, soutenu par la hiérarchie, qui ose la grève pour que les détenus dont ils ont la garde ne soient pas soumis à des traitements inhumains et dégradants. Je pense encore à l’environnaient au moment où les autorités « oublient » leur responsabilité dans cette crise existentielle.  Ainsi, dans les procès climatiques fondés sur le respect des droits de la Convention européenne des droits de ’homme, c’est la société civile qui en a pris l’initiative. Dans l’affaire Klimatzaak à la Cour d’appel de Bruxelles, le dossier était soutenu par 62.000 signatures, du jamais vu.

Devant le déclin de la démocratie, c’est encore la société civile qui propose de nouvelles idées politiques, sociales, juridiques. Oui, en 2025, l’espérance tient à ceci : les droits humains sont un socle et pas un slogan, une exigence et pas une option.


Dans la même catégorie