2025, une année sombre ? Tout dépend du regard que l’on porte sur elle ! Nous avons demandé à neuf personnalités de pointer un moment, une rencontre, un lieu, qui a nourri leur espérance au cours des douze mois écoulés. Après trois premiers témoignages, place aujourd'hui à un ancien recteur d'université, une religieuse et un économiste.
Rif Torfs, canoniste, juriste, ancien recteur de la KU Leuven
"Sa vie sans enfants avait été loin d’être dénuée de sens"
J’avais donné, à Lierre, une conférence sur mon livre consacré au Vatican. Dans le cadre de celui-ci, j’avais posé cette question à de nombreux cardinaux: "Croyez-vous en Dieu?"
Après ma conférence, j’entamai la conversation avec une dame, juriste, la cinquantaine. "Ces questions me font penser à mon grand-oncle", dit-elle. "Enfant, je lui demandais: Dieu existe-t-il? Qui retrouverons-nous au ciel? Y serons-nous heureux?"
Son grand-oncle était prêtre. Qui plus est, c’était le prêtre qui avait célébré le mariage de mes parents en 1955, comme je l’apprendrai. Mon père parlait toujours de lui avec beaucoup de respect. "Lorsque mon grand-oncle mourut, en 1986, j’avais seize ans. Ce jour-là, je ne l’oublierai jamais. Ce fut le plus triste de ma vie", me dit encore cette femme. Le lendemain, elle m’envoya par courriel une copie de sa carte de prière. Notre conversation résonnait manifestement dans sa tête. Dans la mienne aussi, assurément.
Aujourd’hui, les prêtres font l’objet de beaucoup de critiques. C’est aussi pour cette raison que cette histoire me touche profondément. Cette dame continuait de penser avec tendresse et admiration à son grand-oncle, un prêtre mort voici bientôt trente ans. Signe que sa vie sans enfants avait été loin d’être dénuée de sens. Signe, aussi, que les réponses qu’il donnait à ses questions candides étaient, dans leur simplicité naturelle, inoubliables.
Quelles réponses donna-t-il exactement? Je l’ignore. Je ne le lui ai d’ailleurs pas demandé. Mais c’étaient en tout cas les bonnes.
Sœur Marie Raphaël, Hôtelière, Monastère Notre-Dame d’Hurtebise
"La force symbolique de ce geste était un signe d’espérance"
Le 28 novembre dernier, Léon XIV, de Rome, et Bartholomée Ier, de Constantinople, représentant ensemble les deux poumons de l’église, ont prononcé d’une même voix le Credo de Nicée-Constantinople, ce texte rédigé il y a exactement 1.700 ans pour exprimer la foi de l’Eglise.
Ils l’ont fait en omettant l’ajout du terme "filioque", qui a causé tant de tensions et de malentendus dans l’histoire de l’œcuménisme. La force symbolique de ce geste était un signe d’espérance pour l’unité de l’Eglise. Si l’espérance est faite de patience et de courage, elle a aussi besoin d’audace et d’humilité. Cela m’inspire confiance !
Etienne de Callatay, économiste, cofondateur d’Orcadia Asset Management
"Nous sommes forcés d’ouvrir les yeux"
La guerre, en Ukraine, en Palestine, au Soudan et ailleurs, les tensions géopolitiques, les menaces, et pas que climatiques, sur l’environnement, l’ostracisation des migrants, le délitement de la cohésion sociale, la perte d’attrait de la démocratie, les dommages des réseaux dits sociaux et les dérives potentielles de la mal nommée intelligence artificielle, les raisons d’être sombre abondent. En regard, les soucis directement économiques, tels que remontée des tarifs douaniers, enflement de la dette publique, faiblesse des gains de productivité et desserrement des règles financières prudentielles, apparaissent tout à coup mineurs.
Si, dans le cortège de mauvaises nouvelles il est possible de voir une espérance, ce n’est pas que certaines d’entre elles viennent en minorer d’autres, mais dans une prise de conscience, un décillement. C’est là la première étape sur le chemin de l’action, la compagne de toujours de l’espérance. Rien ne date d’hier, ni la violence russe, israélienne ou au Darfour, ni l’insoutenabilité environnementale de nos comportements individuels, et pas davantage le mal-être de la classe moyenne ou la mauvaise gestion de la collectivité. Hier, nous ne voulions pas voir. En 2025, nous sommes forcés d’ouvrir les yeux. La lumière fait parfois mal, mais l’espérance est lumière.

