Une crèche de zombies ? « C’est précisément ce qu’on a voulu montrer », répond le doyen Benoît Lobet


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Une crèche de zombies ? « C’est précisément ce qu’on a voulu montrer », répond le doyen Benoît Lobet
"Nous avons voulu montrer la précarité qui est très importante dans des grandes villes comme Bruxelles" nous explique Benoît Lobet. © CathoBel (photo à g.) / Mathieu Dulière (à d.)
Par Christophe Herinckx
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
4 min

Benoît Lobet est doyen de l'unité pastorale de Bruxelles-Centre. A ce titre, il a été associé de près au choix de la crèche de la Grand-Place. Pour lui, celle-ci ne renie en rien les valeurs chrétiennes, bien au contraire : les personnages en tissu recyclé renvoient aux personnes précaires qui emplissent les rues de nos villes à Noël. Et leur absence de visage permet à chacun de se projeter dans la crèche. Entretien.

Comment est né le projet de cette crèche confectionnée par l'artiste Victoria-Maria ?

Benoît Lobet: C'est très simple. Le bourgmestre de Bruxelles, Philippe Close, a demandé qu'on puisse concevoir une nouvelle crèche, parce que l'ancienne était complètement usée. Il a voulu associer les autorités ecclésiastiques à ce projet. Dans un premier temps, Monseigneur Luc Terlinden est venu à une réunion organisée par le bourgmestre, Monseigneur Jean-Luc Hudsyn et moi. Par la suite, Monseigneur Terlinden a laissé la main à Jean-Luc Hudsyn et à moi, pour que nous soyons partie prenante du choix de la future crèche.

Il y a alors eu un appel d'offre, puis un concours et au terme de ce concours, on a sélectionné la crèche en question, avec les autorités de la ville. Cela s'est donc fait de manière tout à fait "réglo".

Quel était le sens de crèche ? Qu'a voulu transmettre l'artiste à travers elle ?

Je veux d'abord souligner que cette artiste est une chrétienne, catholique et pratiquante. Parce qu'on a pu dire qu'elle était salafiste et musulmane, ce qui est complètement faux. C'est une femme qui est paroissienne ici à Bruxelles, qui va à la messe tous les dimanches, et ses enfants suivent la catéchèse. C'était d'ailleurs aussi un critère pour nous : que l'artiste qui ferait la crèche soit chrétienne.

Par rapport à l'oeuvre elle-même, elle était sensible à l'histoire du tissu en Belgique et notamment à l'histoire des poupées de chiffons, et elle a voulu qu'il y ait un lien avec cette dimension. Et nous avons trouvé que l'idée d'utiliser des tissus usagés et recyclés, mais organisés avec un certain style, donnait une idée de la précarité des habitants de la crèche, puisque Marie et Joseph étaient des personnes précaires et chassées de partout.

Et en même temps, le style de l'oeuvre donnait une idée de leur noblesse, puisque cette précarité est habitée par Dieu lui-même dans l’Incarnation. On trouvait cela assez séduisant comme idée.

Pourquoi avoir opté de ne pas donner de visages aux personnages ?

Nous avons eu un débat sur le fait de donner ou non un visage aux personnages et nous sommes tombés d’accord assez vite pour dire qu'il valait mieux qu'ils n'en aient pas, pour que chacun puisse projeter son propre visage et à travers lui sa propre histoire sur les personnages. On aurait pu mettre des visages de différentes couleurs – blanc, noir jaune… – tandis que là, tout le monde peut s’y retrouver.

Le visage de Dieu est dans celui de l'Enfant Jésus, mais aussi dans toutes celles et tous ceux qui regardent la crèche. L’idée est aussi que, quand il n’y a pas de visage, cela contraint aussi un peu le spectateur à devenir plus contemplatif et à cocréer l’événement de la crèche, à s’y rendre présent lui-même. C’est ce que l’artiste a voulu faire Après, on peut ne pas aimer cette création, trouver que cette crèche n’est pas belle, chacun a sa perception à cet égard.

Certains politique ont dit que cette crèche "reniait nos valeurs". Que répondez-vous à cette critique ?

Il me semble que c'est l'inverse. Quand j’entends Monsieur Bouchez dire qu’il voit dans ces personnages quelque chose comme les zombies qui sont autour de la Gare du Midi, il nous rend service, parce que c’est précisément ce qu’on a voulu montrer. Nous avons voulu montrer la précarité qui est très importante dans des grandes villes comme Bruxelles, et qui est partout dans les rues. On a voulu rappeler, à Noël, qu’il y a quelque 9000 personnes qui dorment dans les rues de la capitale, y compris des enfants. Rejoindre les précaires, c'est cela les valeurs chrétiennes. Ce n’est pas une extase devant un Disneyland.

Propos recueillis par Christophe HERINCKX

Catégorie : Belgique

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