Huit ans après la libération de Mossoul, les églises Al-Tahira et Mar Toma, détruites pendant l’occupation de Daech, ont retrouvé leur éclat. Leur restauration marque une étape majeure dans la reconstruction du patrimoine spirituel et culturel irakien, mais aussi dans la renaissance de toute une ville.
Ce 15 octobre 2025, les cloches ont retenti dans le ciel de Mossoul. Celles de l’église Al-Tahira des chaldéens et de Mar Toma des syriaques orthodoxes. Ces deux sanctuaires, réduits en ruines lors de l’occupation de la ville par l’organisation Etat islamique (Daech), ont été inaugurés après trois années de travaux minutieux. Leur restauration, menée par L’Œuvre d’Orient avec le soutien du programme Mosaïque de Mossoul d’ALIPH et du State Board of Antiquities and Heritage d’Irak, symbolise bien plus qu’un chantier patrimonial: c’est un signe d’espérance.
Reconstruire la foi et la mémoire
Entre 2014 et 2017, Daech a fait de Mossoul la capitale de son califat, semant la terreur et saccageant les traces du passé. Les églises furent pillées, transformées en prisons ou en dépôts d’armes.
Rendre vie à ces édifices, c’est rendre une dignité à toute une population. Sous la direction d’experts irakiens et internationaux, les restaurateurs ont travaillé pierre après pierre pour préserver l’architecture d’origine et redonner aux lieux leur beauté. Les travaux ont aussi permis de former des artisans locaux, de créer des emplois et de réhabiliter des savoir-faire traditionnels.
Les deux nouvelles cloches, fondues en France par la fonderie Cornille Havard, portent chacune un message d’espérance : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix » (Jn 14,27) pour Al-Tahira, et « La vérité vous rendra libres » (Jn 8,32), gravé en syriaque, pour Mar Toma.
Mossoul, carrefour spirituel en reconstruction
Fondée sur les rives du Tigre, Mossoul fut longtemps un creuset religieux. On y compte certaines des plus anciennes églises du monde, bâties sur les pas des apôtres Pierre, Barthélemy et Thomas. Mais après des décennies de guerres et d’exodes, la communauté chrétienne d’Irak est passée de 1,5 million à moins de 250 000 fidèles.
La restauration de ces sanctuaires est donc un acte de résistance culturelle autant que spirituelle : elle redonne confiance aux familles hésitant à revenir dans la ville.
"Quand les cloches sonnent à nouveau, c’est tout Mossoul qui respire", confie un habitant. Ces reconstructions ne sont qu’une étape. D’autres projets voient le jour, comme l’ouverture prochaine d’une école chrétienne francophone, signe d’une volonté d’avenir et de dialogue.
L'église syriaque orthodoxe de Mar Toma

L'église syriaque orthodoxe de Mar Toma, datée originellement du VII siècle, aurait été construite sur une maison où aurait séjourné l’apôtre saint Thomas. Elle comporte cinq nefs, comme cinq morceaux d’histoire. Elle est constituée de deux, voire de trois, églises parallèles. Son histoire est d’autant plus complexe qu’elle fut construite par étapes successives au VII , XVIII et XIX siècle.
L’église a été utilisée par Daech durant l’occupation de Mossoul par l’État Islamique et a servi comme bâtiment de son administration, police tribunal prison. Comme toutes les églises, elle a été profanée, les inscriptions et signes chrétiens ont été martelés en grande partie.
La guerre de libération de la ville a, par ailleurs, causé de multiples dégâts. Ce n’est pas seulement l’église mais l’ensemble du complexe, comprenant également l’évêché, l’atrium et les cours attenantes, qui a été restauré après 3 ans de travaux. Restaurer cette église est important pour les chrétiens locaux, qui sont ainsi encouragés à revenir vivre sur place, et pour que Mossoul renaisse comme la ville pluriculturelle qu’elle était.
L’église Al-Tahira des chaldéens

Selon le père dominicain Jean-Marie Mérigoux, qui a vécu des dizaines d’années à Mossoul, "de toutes les églises de Mossoul, beaucoup s’accordent pour dire que la plus belle est Tahira des chaldéens". Magnifique église, elle a été édifiée sur les ruines de l’ancien monastère Saint-Gabriel, couvent assyrien qui fut une grande école de théologie aux IX et X siècles. Ce fut là que s’élabora la liturgie chaldéenne.
Elle a été construite au milieu du XVIII siècle, sur autorisation exceptionnelle du Pacha de Mossoul pour remercier les chrétiens d’avoir pris une part active dans la défense de la ville assiégée par les Perses en 1743. L’église, bâtie dans le plus pur style Jalili, est un chef-d’oeuvre d’unité et d’élégance. Ce style est marqué par sa finesse dans la sculpture et la stéréotomie, par la composition de ses motifs floraux et géométriques. L’intérieur de l’église est une belle harmonie de voûtes en ogives, sculptées dans le Faresh, le marbre de Mossoul.
Le nom de l’église, Al-Tahira, fait en effet référence à la Vierge Marie « la Pure ». L’inscription de l’une des deux portes d’entrée évoque la protection céleste que Marie aurait apportée à la ville: "Que Marie soit un rempart qu’elle nous garde du mauvais". Pour cela, l’église a longtemps été fréquentée par tous les Mossouliotes, y compris les musulmans.
L’église a été très dégradée par Daech lors de l’occupation de la ville et des bombardements intensifs. Tout comme pour l’église Mar Toma, le travail de restaurateurs a été crucial et a permis de restituer la barrière de Qostroma complètement détruite par Daech et les inscriptions et croix martelées.
L’OEuvre d’Orient, avec le soutien de la fondation ALIPH, a fait de sa restauration une priorité: emblème de la richesse patrimoniale chrétienne de Mossoul, elle représente également une renaissance qui donne un nouvel élan aux habitants, chrétiens mais aussi musulmans, pour revivre à Mossoul.
À Mossoul, les pierres se relèvent, les voix se mêlent à nouveau. Dans cette ville martyre, les églises restaurées rappellent que, malgré la douleur, la paix et la foi peuvent toujours renaître du silence des ruines.
Source: L’Œuvre d’Orient

