Mais au fait, qu’est-ce qu’un évêque ?


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Mais au fait, qu’est-ce qu’un évêque ?
© Catholic Church England and Wales
Par Christophe Herinckx
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
8 min

Dans l'Eglise catholique, l'autorité est exercée par les évêques en union avec le pape. Successeurs des apôtres, ils sont avant tout les pasteurs des Eglises locales, chargés d'enseigner la foi et d'œuvrer à la sanctification du Peuple de Dieu. Retour sur la mission des évêques en 5 questions.

1. Quelle est l'origine des évêques et de leur mission ? un peu d'histoire...

Pour comprendre ce qu'est un évêque et quelle est sa mission, il faut remonter aux origines du christianisme et de l'Eglise, la première communauté de celles et ceux qui ont cru à l'annonce de l'Evangile. Cette Bonne Nouvelle, à l'origine, a été proclamée par les apôtres. La teneur de cette annonce (kerygma en grec, le "kérygme") est exprimée dans les Actes... des apôtres, à travers le discours de Pierre, le jour de la Pentecôte. Ce discours peut se résumer ainsi : Jésus le Nazôréen, accrédité par Dieu, que vous avez fait crucifier, Dieu l'a ressuscité (cf. Ac 2, 22-24). Ce passage relate les tout débuts de la mission des douze apôtres, choisis par le Christ parmi les disciples qui le suivaient : "Allez, et de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit." (Mt 28, 19)

Ces écrits du Nouveau Testament montrent que les apôtres ont désigné des hommes pour "gérer" les communautés après leur départ.

Après avoir reçu l'Esprit Saint, les apôtres et leurs disciples ont annoncé l'Evangile à partir de Jérusalem et fondé de nouvelles communautés en différentes villes du Proche-Orient et du Bassin méditerranéen. L'impressionnante activité missionnaire de saint Paul, que relatent les Actes et ses lettres à différentes Eglises, en offre un exemple éloquent et bien documenté. Or, ces écrits du Nouveau Testament - en particulier les épîtres dites "pastorales", sans doute pas de Paul lui-même - montrent que les apôtres ont désigné des hommes pour "gérer" les communautés après leur départ vers d'autres aventures missionnaires : des "presbytres" (presbyteros, "ancien", à l'origine du "prêtre" chrétien), qu'on appellera aussi "épiscopes" (episkopos, à l'origine du mot "évêque).

Leur mission : veiller à ce que la communauté reste fidèle à la foi telle que reçue des apôtres, alors que les évangiles sont encore en gestation, et veiller à ce que l'unité et l'harmonie règne en son sein. Le début d'une histoire qui, dès le départ, n'a pas été un long fleuve tranquille !

Dès ces premiers moments, les épiscopes et presbytres reçoivent leur mission par l'imposition des mains, par laquelle les apôtres leur transmettent l'Esprit Saint en vue d'assumer leur mission. Après la disparation des apôtres, les hommes qu'ils avaient désignés transmirent à leur tour leur charge à d'autres hommes, toujours moyennant l'imposition des mains. C'est le début de ce qu'on appellera par la suite la succession apostolique.

2. Quelles sont les fonctions d'un évêque ?

Par la suite, la mission des évêques a été précisée, au gré du développement de la foi chrétienne et de l'Eglise, et des nombreux défis auxquels celle-ci a été amenée à répondre. Rapidement, les missions de l'épiscope et du presbytre, sans oublier celles du diacre (diakonos) se sont "spécialisées" : un évêque est le pasteur d'une "Eglise particulière" (un diocèse), entouré d'un presbyterium, un collège de presbytres (prêtres) qui forment son conseil et l'assistent dans ses tâches, et de diacres qui sont chargés du service de la charité dans le diocèse.

Après de nombreux siècles de péripéties diverses, le concile Vatican II est parvenu à une théologie pleinement épanouie de l'épiscopat, après celle du sacerdoce déployée au concile de Trente et celle de la primauté du pape précisée à Vatican I. En tant que successeur des apôtres, l'évêque, par l'ordination épiscopale - avec l'imposition des mains et l'onction du saint chrême -, reçoit la "plénitude du sacerdoce" ministériel, qui est essentiellement au service du sacerdoce des fidèles. ce dernier consiste, pour chaque baptisé, à être prêtre, prophète et roi dans le monde: signe vivant de la relation avec Dieu (prêtre), témoin de l'Evangile (prophète) et intendant des biens de ce monde (roi).

Le ministère de l'évêque est également triple : la sanctification Peuple de Dieu, l'enseignement de la foi, le gouvernement de l'Eglise locale dont il est le pasteur propre.

Le ministère de l'évêque est également triple : la sanctification Peuple de Dieu, notamment par la liturgie et don des sacrements ; l'enseignement de la foi, à partir des Ecritures et dans la continuité de la tradition, ou transmission des apôtres ; le gouvernement de l'Eglise locale dont il est le pasteur propre. Ces trois missions, l'évêque l'exerce dans la grâce du sacrement de l'ordre, qui le fait participer à l'unique sacerdoce du Christ. C'est en ce sens qu'on dira que l'évêque agit in persona Christi capitis, "dans la personne du Christ-Tête" de l'Eglise, lorsqu'il exerce son ministère. De par son ordination, l'évêque représente sacramentellement la présence du Christ au sein de l'Eglise.

Tout en étant le pasteur d'une Eglise locale, l'évêque est également membre du collège des évêques du monde entier qui, en union avec l'évêque de Rome - le pape -, sont, tous ensemble pasteurs de toute l'Eglise. Chaque évêque participe donc au gouvernement de l'ensemble de l'Eglise. Ce qui se traduit notamment lors des synodes des évêques, mais plus encore lors des conciles, qui constituent l'autorité "suprême" dans l'Eglise. De par sa position, chaque évêque diocésain assure la communion entre l'Eglise locale dont il a la charge et l'Eglise universelle, qui est essentiellement communion des Eglises particulières, nationales, continentales...

3. Qui nomme les évêques et comment sont-ils choisis ?

Si les premiers épiscopes ont été choisis par les apôtres, par la suite, leurs successeurs vont être élus par les presbytres de leur Eglise, avec l'approbation de la communauté et la confirmations des épiscopes des Eglises voisines. Au fil du temps, la succession des évêques va dépendre de "concordats" entre le Saint-Siège et les chefs d'Etat catholiques, même si les chapitres de prêtres pouvaient toujours élire l'évêque. Un roi ou un empereur, voire un président de république, confirmait le choix de l'évêque et pouvait donc concrètement aussi le refuser. Cette pratique a eu cours jusqu'au début du XXe siècle. Ce n'est qu'avec le concile Vatican II que l'Eglise catholique va clairement affirmer sa pleine et liberté dans le choix des évêques, qui va dès lors être centralisée à Rome.

En clair : c'est le pape qui nomme les évêques (sauf quelques rares exceptions, auquel cas le pape doit confirmer l'élection) après une procédure de désignation qui se déroule en plusieurs étapes :

  1. Lorsqu'un siège épiscopal est vacant, le nonce apostolique présent dans le pays concerné va mener des consultation dans le diocèse et au-delà en vue de trouver un successeur ayant les qualités requises.
  2. Au terme de cette phase de consultation, le nonce envoie un dossier à Rome, ainsi qu'une "short list" contenant les noms de trois prêtres épiscopables. C'est la fameuse "terna".
  3. A Rome, les dossiers de successions des évêques est géré par le dicastère pour les évêques, qui peut demander des compléments d'enquête au nonce, ou mener lui-même d'autres investigations.
  4. Après d'éventuels aller-retour entre le dicastère et le nonce, une "terna" définitive est présentée au pape, qui peut librement choisir le nouvel évêque parmi les trois noms proposés, mais peut aussi choisir un prêtre qui ne s'y trouve pas.

4. Quelles conditions faut-il remplir pour devenir évêque ?

Le code de droit canonique précise les qualités et les conditions requises pour pouvoir devenir évêque. :

"Pour l'idonéité à l'Épiscopat, il est requis du candidat:

  1. qu'il ait, à un degré élevé, une foi solide, de bonnes mœurs, la piété, le zèle des âmes, la sagesse, la prudence et les vertus humaines, et qu'il soit doué par ailleurs des autres qualités qui le rendent capable d'accomplir l'office dont il s'agit;
  2. qu'il jouisse d'une bonne renommée;
  3. qu'il ait au moins trente-cinq ans;
  4. qu'il soit prêtre depuis cinq ans au moins;
  5. qu'il ait obtenu le doctorat ou au moins la licence d'Écriture Sainte, de théologie ou de droit canonique dans un institut d'études supérieures approuvé par le Siège Apostolique, ou qu'il soit au moins vraiment compétent en ces matières." (CIC 378 §1)

5. Un évêque est-il nommé à vie ?

Selon le droit canonique, qui date de 1983, un évêque diocésain doit renoncer à sa charge à l'âge de 75 ans accomplis. Cette règle n'a cependant été émise qu'en 1966 par le pape Paul VI. Avant cela, sauf raisons particulières, l'évêque restait en charge jusqu'à son décès. C'est aujourd'hui encore le cas dans de nombreuses Eglises orthodoxes, ce qui signifie l'union indéfectible qui unit un pasteur à son Eglise.

Lorsque l'évêque renonce à sa charge par une lettre adressée au pape, trois cas de figures sont (en gros) possibles :

  1. Le pape accepte la "démission" de l'évêque et nomme un administrateur apostolique en attendant la désignation de son successeur.
  2. Le pape refuse la renonciation de l'évêque et lui demande de prolonger sa mission quelques années de plus.
  3. Le pape suspens sa réponse le temps de trouver un successeur à l'évêque, et accepte la renonciation de celui-ci lorsqu'un un nouvel évêque a effectivement été trouvé.

Lorsque l'évêque n'est plus en charge de son diocèse, il devient évêque émérite, ce qui signifie plus ou moins qu'il est retraité. Cela dit, de par son ordination épiscopale, un évêque le reste à vie - à l'instar d'un prêtre qui reste prêtre même sans charge pastorale. Tout comme le baptême, le sacrement de l'ordre confère un "caractère" à la personne qui le reçoit. C'est-à-dire que, selon la théologie thomiste classique des sacrements, la nature même de la personne est transformée par le sacrement.

Quelques chiffres

  • En Belgique, il y a 8 diocèses (1 archidiocèse bilingue, 4 diocèses en Flandre, 3 diocèses en Wallonie) et donc 8 évêques diocésains, auxquels s'ajoutent 2 évêques auxiliaires dans l'archidiocèse de Malines-Bruxelles. Il y a également 8 évêques émérites, dont deux archevêques - le cardinal Jozef De Kesel et Mgr André Léonard.
  • En 2024, il y avait au total 5.353 évêques catholiques dans le monde, pour environ 3.000 diocèses. Outre les évêques diocésains, il y a des évêques émérites, des évêques auxiliaires et d'autres évêques dits "titulaires", c'est-à-dire sans charge de diocèse.

Christophe HERINCKX

Catégorie : Eglise monde

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